La Covid 19 à pleine bouche !

Un article du Journal International de Médecine du 14 mars 2021

Publié le 14/03/2021

La Covid-19 à pleine bouche

La cavité buccale joue un rôle important dans la transmission et l’évolution de la Covid-19 et pour le diagnostic même de la maladie par le biais des tests salivaires. Deux structures sont l’objet d’une prédilection toute particulière du SARS-CoV-2 : les glandes salivaires et l’épithélium de la muqueuse buccale où le virus se réplique directement avant d’accéder à d’autres compartiments ou organes au premier rang desquels le poumon.

Pourtant, force est de constater que la cavité orale n’avait jusqu’ici suscité qu’un intérêt clinique et épidémiologique des plus modérés. C’est une revue spécialisée, en l’occurrence le Journal of Dental Research qui, au travers d’une étude transversale et prospective italienne, aborde le sujet.

Une pathologie buccale retrouvée près d’une fois sur deux

Elle a inclus 122 patients hospitalisés à l’hôpital universitaire de Milan entre le 23 juillet et le 7 septembre 2020, puis suivis à court terme (médiane : 104 jours ; écart interquartile, 95 à 132).

Le bilan dentaire a fréquemment retrouvé de façon inattendue des manifestations orales chez près d’un patient sur deux (43 %), principalement et plus spécifiquement à type d’ectasies des glandes salivaires (83,9 %). Ces dernières semblent être le reflet du syndrome « hyperinflammatoire » qui caractérise certaines formes de la maladie car elles ont pu être reliées de manière significative aux taux plasmatiques de CRP (C-reactive protein) et de lactate déhydrogénase (LDH) constatés lors de l’admission.

 

L’exposition aux antibiotiques à la phase aiguë a été également associée à ces manifestations buccales. En analyse multivariée, la prise d’antibiotiques et les taux de LDH sont apparues comme des variables indépendantes prédictives notamment du risque d’ectasies des glandes salivaires. D’autres pathologies ou manifestations se sont également avérées fréquentes, qu’il s’agisse d’une atteinte des articulations temporo-maxillaires, de douleurs faciales ou encore d’une faiblesse des muscles masticatoires. Ces symptômes ont, pour la plupart, persisté dans les trois mois qui ont suivi l’admission en milieu hospitalier, notamment ceux relevant de l’atteinte de la cavité orale ou des glandes salivaires, alors que la Covid-19 était considérée comme guérie.

Une origine multifactorielle

Cette étude qui porte sur un effectif restreint souligne la prévalence élevée des lésions buccales et notamment des ectasies des glandes salivaires chez les patients victimes de la Covid-19.

 

Ces manifestations orales et faciales qui semblent s’installer dans la durée relèvent de facteurs multiples :

 

(1) les effets directs du virus et réponse inflammatoire voire hyperinflammatoire antivirale au travers de l’auto-immunité et des carences immunitaires ;

(2) le facteur iatrogène qu’il s’agisse des doses élevées de corticoïdes ou de l’antibiothérapie à large spectre qui favorisent, de surcroît, la survenue de candidoses buccales, d’aphtes, de stomatites ou tout simplement d’une sécheresse buccale ;

(3) le rôle spécifique de l’intubation, de la ventilation mécanique ou de la trachéotomie, autant de facteurs qui vont également perturber sévèrement le « microbiome » buccal et l’homéostasie de la cavité orale ;

(4) l’atteinte neuronale, expliquant l’anosmie et l’agueusie, propre à affecter le tonus des muscles faciaux et la fonction sécrétoire des glandes salivaires.


Quoi qu’il en soit, dans les suites d’une Covid-19, la cavité orale des patients mérite la plus grande attention car elle est la cible de nombreuses séquelles multifactorielles imputables à la maladie et à ses multiples facettes. L’écosystème buccal mérite d’être restauré car il s’agit là d’une composante importante de la qualité de vie souvent mise à mal par l’infection…
 

Dr Philippe Tellier

RÉFÉRENCE

Gherlone EF et coll. Frequent and Persistent Salivary Gland Ectasia and Oral Disease After COVID-19. J Dent Res.,2021 : publication avancée en ligne le 3 mars. doi: 10.1177/0022034521997112.

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Date de dernière mise à jour : 14/03/2021