La Meuse 19 août 21 non vaccinés non motivés

Face au coronavirus, les non-vaccinés sont très peu motivés par les gestes barrières

Par Benoît Jacquemart

Journaliste à la Rédaction générale, éditorialiste| Publié le 18/08/2021 à 22:52

 

Le groupe de chercheurs « Psychologie et Corona » (UCLouvain, KULeuven, ULB, UGent) vient de sortir son 33e rapport de la motivation. Ce rapport s’est concentré sur le respect des gestes barrières mais aussi sur l’attitude des répondants envers le Covid-Safe ticket (le sésame pour accéder à certaines activités) et la vaccination obligatoire. Et il livre des résultats intéressants.

L’étude du groupe « Psychologie et Corona » montre notamment le fossé qui se creuse entre les personnes vaccinées et les non-vaccinées. L’étude montre aussi les différences, dans le groupe des non-vaccinés, entre ceux qui ont déjà été infectés par le Covid et les autres.

Gestes barrières

Premier volet : les gestes barrières (port du masque, lavage des mains, distanciation sociale, limitation des contacts). Ce qui ressort d’abord de l’étude, c’est que la motivation à poursuivre les gestes barrières chez les personnes vaccinées se stabilise. Par contre, les personnes non vaccinées sont de moins en moins motivées. Et en particulier celles qui ont déjà été infectées. « Ils s’imaginent sans doute déjà pouvoir compter sur une immunité suffisante », notent les chercheurs. Le respect des mesures suit les mêmes courbes, les personnes vaccinées appliquant plus les mesures que les non vaccinées alors qu’elles sont mieux protégées !

 

 

La question de la suppression de ces mesures a été posée. Là aussi : étonnement. Les personnes non vaccinées sont plus enclines à les supprimer, peu importe qu’elles soient en contact avec des personnes vaccinées ou non. Alors que les personnes vaccinées, mieux protégées, ne sont pas en faveur d’une suppression des mesures de protection, tout en étant favorables à un comportement plus souple si elles sont en présence d’autres personnes vaccinées.

Obligation de vaccination

Globalement, les répondants à l’étude sont en faveur d’une vaccination obligatoire pour les personnels de la santé (à 59 %). Presque le même chiffre (58 %) pour ceux qui s’occupent de personnes fragiles. Et encore 50 % pour une obligation de vaccination pour les enseignants. Par contre, une obligation généralisée, et notamment pour les 12-18 ans, rencontre une opposition plus marquée.

Par contre, si on fait la distinction entre vaccinés et non-vaccinés sur l’obligation de vaccination, les résultats sont très différents. Ainsi, 76 % des vaccinés sont en faveur d’une obligation pour les personnels de santé alors que les non-vaccinés sont près de 90 % à y être opposés. Le clivage est important. De même, les non-vaccinés sont 94 % opposés à la vaccination obligatoire pour les enseignants, alors que les vaccinés y sont favorables à 67 %.

On retrouve le même clivage en ce qui concerne le Covid-Safe ticket (CST). Ainsi, les vaccinés sont très largement favorables à l’introduction de ce CST pour les grands événements comme les festivals ou les concerts, pour les night-clubs, pour les voyages à l’étranger. À l’inverse, les personnes non vaccinées y sont violemment opposées.

Cette opposition des non-vaccinés est d’ailleurs très ferme dans tous les scénarios proposés : activités en intérieur, comme le bowling, des événements réunissant entre 50 et 1.500 personnes, pour aller au travail, à l’école… Résumé par les chercheurs : « Les non-vaccinés s’opposent fermement à l’introduction du CST, probablement parce qu’ils y voient une stratégie pour les inciter, voire les forcer à se faire vacciner. »

Rappelons tout de même que, au niveau du pays, les chiffres de la vaccination sont plutôt bons, avec près de 85 % des 18 ans et plus ayant reçu au moins une dose de vaccin.

Selon Vincent Yzerbyt, prof de psychologie à l’UC Louvain et coauteur de l’étude, « la communication sur le passe n’est pas très claire. Le passe a ceci de compliqué qu’il mélange vaccination, tests PCR négatifs et personnes guéries. Or, ce n’est pas la même chose. La communication sur le passe ne dit pas assez que le vaccin reste la meilleure protection. (…) Les autorités devraient communiquer de manière plus explicite sur l’efficacité de la vaccination. »

Concernant l’adhésion aux gestes barrières, « les résultats de notre étude montrent par l’absurde que les gens vaccinés sont en meilleure prise avec la réalité. Les non-vaccinés paraissent insensibles au statut vaccinal de leurs interlocuteurs et peu enclins à respecter les mesures. »

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