Variants contre AstraZeneca

Variant Sud Africain plus fort que vaccin Astra Zeneca (JIM 24 mars 2021)

Le variant sud-africain se joue du vaccin AstraZeneca

A peine le SARS-CoV-2 était-il séquencé début 2020 que s’enclenchait ce qui a été qualifié de « course aux vaccins ». Il s’agit bien d’une course en effet, contre un virus qui semble accumuler les mutations pour pouvoir continuer à se propager.

Les mutations concernent la protéine S, présente à la surface du SARS-CoV-2, et qui permet au virus de se lier aux récepteurs ACE2 des cellules de l’hôte. Elles se situent sur le domaine de liaison au récepteur (RBD) et sur le domaine N-terminal (NTD), qui sont justement les cibles privilégiées des anticorps neutralisants.

Le variant B.1.351, identifié pour la première fois en Afrique du Sud, contient 3 mutations RBD et 5 mutations NTD et les tests ont montré que la moitié des sérums de convalescents était incapable de neutraliser le virus mutant, l’autre moitié montrant une réduction importante de la neutralisation.
Le New England Journal of Medicine publie les résultats d’un essai randomisé en double aveugle mené dans l’objectif d’établir la tolérance et l’efficacité du vaccin ChAdOx1 nCoV-19 (AstraZeneca) en Afrique du Sud. Les patients, âgés de 18 à 65 ans, recevaient un placebo ou le vaccin en 2 doses espacées de 21 à 35 jours. L’objectif principal était la tolérance et l’efficacité du vaccin contre une infection symptomatique par le SARS-CoV-2 plus de 14 jours après la seconde dose.

Un taux d’efficacité de 10,4 %...

Une première analyse, présentée ici, porte sur 717 patients ayant reçu le placebo et 750 ayant reçu le vaccin. Une forme bénigne à modérée de Covid-19 est survenue chez 23 patients ayant reçu le placebo (3,2 %) et 19 ayant reçu le vaccin (2,5 %), soit un taux d’efficacité non significatif de 21,9 % (intervalle de confiance 95 % - 49,9 à 59,8). Parmi ces 42 cas, 39, soit 92,9 %, avaient été provoqués par le variant sud-africain et en analyse secondaire, le taux d’efficacité contre ce variant est de 10,4 % (-76,8 à 54,8). L’incidence des effets indésirables est la même dans les deux groupes. Aucun cas sévère avec hospitalisation n’a été observé dans l’un ou l’autre groupe.
Cette absence d’efficacité du vaccin contre le variant B.1.351 peut être mise en perspective avec les 75 % d’efficacité (8,7 à 95,5) après une seule dose de ce même vaccin, observée en Afrique du sud avant l’émergence du variant.

Parallèlement, des prélèvements ont été réalisés chez 25 des participants, plus de 14 jours après la seconde dose (vaccin ou placebo) pour des tests de neutralisation contre le virus original et contre le variant B.1.351 (variant sud-africain). Après levée de l’insu, 6 d’entre eux provenaient de personnes ayant reçu le placebo et infectées par le SARS-CoV-2 « original », 6 autres personnes ayant reçu le vaccin et infectées par le virus dans les 14 jours après la seconde dose. Les sérums de 11 des 13 autres vaccinés sans infection par le SARS-CoV-2 ne montrent aucun signe d’activité de neutralisation vis-à-vis d’un pseudo-virus portant à sa surface les mutations du B.1.351.

Les auteurs précisent que l’on ne sait pas encore si un intervalle plus long entre les 2 doses, en améliorant la production d’anticorps comme cela a été décrit ailleurs, permettrait une meilleure activité de neutralisation contre le variant sud-africain.
Ces données ne sont pas très rassurantes. Le développement d’une seconde génération de vaccins anti-Covid-19 est déjà entrepris, dirigés contre le variant sud-africain et le variant brésilien. Cela ressemblerait bien à une véritable course contre la montre.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCE

Mahdi SA et coll. : Efficacy of the ChAdOx1 nCoV-19 Covid-19 Vaccine against the B.1.351 Variant. N Engl J Med., 2021 ; publication avancée en ligne le 16 mars. doi: 10.1056/NEJMoa2102214

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