7 novembre 26 - article du journal LE SOIR

 

Au Bourget, un Mélenchon gonflé à bloc met en scène sa « nouvelle France »

Devant une foule galvanisée, le tribun de la gauche radicale a présenté son programme pour l’Elysée. Tel un rouleau compresseur, il a pris une nouvelle fois ses adversaires de vitesse. Article réservé aux abonnés

Discours au Bourget, 7 novembre 2026.

Discours au Bourget, 7 novembre 2026. - AFP.

Joëlle Meskens

Envoyée permanente à Paris

Par Joëlle Meskens

Publié le 7/11/2026 à 18:42 Temps de lecture: 2 min

C’est un cri, une vague qui s’empare de la foule énorme quand elle scande « Résistance », « Macron démission », « On va gagner » et même « On est chez nous ! », l’expression qui ne résonnait autrefois que dans les meetings de l’extrême droite. Vêtus parfois d’un maillot de foot floqué « Mélenchon 2027 » et agitant des drapeaux tricolores, les supporters hurlent si fort qu’ils recouvrent parfois la sono.

Ils sont vingt mille ce samedi après-midi dans ce hall immense du Bourget, au Nord de Paris, où le candidat de la France insoumise a fixé rendez-vous à ses sympathisants. « Cette fois, on peut gagner, je l’espère en tout cas », explique Clara, 42 ans, venue de Pantin, en Seine-Saint-Denis. « Ça fait tellement de bien de voir cette nouvelle France rassemblée », dit-elle en observant le parterre plein à craquer. « Il y a des gens de tous âges, énormément de jeunes, et pas que des blancs », s’enthousiasme-t-elle. « C’est absolument génial, on sent que le vent de l’histoire est avec nous », veut croire Damien, 32 ans, intermittent du spectacle, venu de Paris. « Les sondages ne veulent rien dire, il ne faut pas les croire quand ils disent que Mélenchon serait battu face à Marine Le Pen, cette fois il va gagner, regardez toute cette incroyable ferveur », assure Raphaël, un jeune bénévole du mouvement Insoumis.

À lire aussi Jean-Luc Mélenchon au « Soir » : « A la fin, ça se jouera entre les fascistes et nous »

Sur grand écran, des vidéos donnent à voir « l’avenir en commun » que promet Jean-Luc Mélenchon en cas de victoire. « Je veux que mon enfant grandisse dans un monde en harmonie avec la nature où il ne faudra pas choisir entre se nourrir et se chauffer », affirme une mère de famille choisie pour incarner la France de demain.

« Il faut tout changer »

« Il est temps de redonner le goût du futur aux générations qui viennent », s’enflamme la députée LFI Clémence Guetté quand elle monte à la tribune. « Nous ne présentons pas un programme d’accompagnement, nous présentons un programme de rupture. Vous êtes là pour prendre le pouvoir ! », explique la coautrice de la feuille de route mélenchonniste. La foule s’enfièvre à chaque mesure annoncée. C’est un tabac pour la hausse des salaires et la retraite à 60 ans. Un déluge quand l’oratrice annonce, devant un parterre où les keffiehs palestiniens sont nombreux, « la fin du génocide à Gaza ». A l’applaudimètre, le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, récolte un triomphe.

Prestation du rappeur Youssef Swatt’s, saynètes anticipatives des lendemains français qui chanteraient à nouveau, minute de silence impressionnante en hommage à Pengo Bossio Wangi, victime de l’attentat raciste de Trappes : ce n’est plus un meeting politique, c’est un happening que Jean-Luc Mélenchon a orchestré là où, tout un symbole, François Hollande avait tenu, fin janvier 2012, un discours offensif contre le grand capital (« Mon ennemi, c’est la finance ») qui lui avait permis de conquérir le pouvoir quatre mois plus tard en battant Nicolas Sarkozy. Jean-Luc Mélenchon s’était déjà illustré lors de ses précédentes campagnes élyséennes en recourant aux hologrammes pour tenir des réunions publiques en multiplex ou en lançant des réunions de campagne « immersives », avec ambiances olfactives entre autres gadgets. Cette fois, c’est en mettant en scène cette fameuse « nouvelle France » qu’il appelle de ses vœux qu’il a tenu cette « convention » destinée à vanter son programme.

« C’est beau », s’émeut-il, main en visière devant la foule, en entamant son discours devant un fond bleu-blanc-rouge. « Trump a été battu aux USA, Orban en Hongrie, Bolsonaro au Brésil. A bas la résignation ! Nous allons nous battre jusqu’à la dernière seconde et à la fin, nous allons gagner ! ». « Nous sommes confrontés à une crise de la civilisation humaine », gronde le tribun. « Il faut tout changer ».

Un effet de ralliement

Tel un rouleau compresseur, cinq mois après le meeting de lancement de sa campagne à Saint-Denis en juin dernier, Jean-Luc Mélenchon, actuellement en position de se qualifier au second tour de la présidentielle avec des sondages qui lui prêtent environ 18 % au premier, a réussi une nouvelle démonstration de force. Alors que le « bloc central », en plein dévissage, s’interroge encore sur l’opportunité d’une primaire pour tenter de créer un sursaut, lui est déjà passé à l’étape supérieure : la présentation des mille propositions qu’il mettrait en œuvre s’il accédait à l’Elysée. Signe de l’intérêt que rencontre sa campagne dans l’opinion, ce programme, décliné dans un livre de deux cents pages vendu à moins de cinq euros, était déjà en rupture de stock la veille, jour même de sa sortie, dans certaines librairies parisiennes…

À lire aussi Mélenchon : une démonstration de force au cœur de sa « nouvelle France »

Le texte, à vrai dire, n’est pas tout à fait neuf. L’« Avenir en commun », plusieurs fois réactualisé, avait déjà été échafaudé pour l’élection présidentielle de 2017. Il avait aussi servi de base à la plate-forme programmatique de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) et du NFP (Nouveau Front populaire), les alliances de gauche mises en place lors des législatives de 2022 et de 2024. Parmi les mesures promises (lire par ailleurs) : la « bifurcation écologique », la « sécurité sociale intégrale », « l’encadrement général des loyers », la « sortie à terme de l’Otan », ou « le vote à seize ans ».

Après ce nouveau rassemblement impressionnant, Jean-Luc Mélenchon pourrait enregistrer d’autres ralliements. Il y a quelques jours, la moitié des députés communistes s’est déjà mis dans sa roue, malgré la candidature élyséenne du leader du PCF, Fabien Roussel. Une partie des écologistes, en dépit de la candidature de leur patronne Marine Tondelier, pourrait faire de mêm

 

Date de dernière mise à jour : 07/11/2026

★ ★ ★ ★ ★
Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Anti-spam