Publié le 23/06/2023
Covid long, du (bon) côté de la metformine

L'infection par le SARS-CoV-2 peut être à l’origine de symptômes durables plus ou moins sévère et fort hétérogène qui participent à l’émergence d’un syndrome aux contours flous dénommé Covid long. Le diagnostic est évoqué quand les symptômes persistent au moins trois mois (ou réapparaissent au terme de ce laps de temps) après la phase aiguë de l’infection chez des patients qui ont été hospitalisés ou non, selon la définition de l’OMS. Les hypothèses pathogéniques sont nombreuses et difficiles à vérifier, mais la prévalence de ce curieux syndrome apparaît élevée dans la plupart des études épidémiologiques. Si la pandémie a perdu du terrain, il n’en reste pas moins que l’infection peut encore être contractée sans difficulté et que la prévention du Covid long reste cruciale à l’échelon mondial. D’autant qu’en France, selon Santé Publique France, deux millions de patients auraient développé des symptômes justiciables d’un tel diagnostic.
Faut-il considérer la metformine comme un espoir sur ce plan ? Cet antidiabétique oral, le premier à avoir été commercialisé, est investi de nombreuses vertus thérapeutiques depuis quelques années. A cette liste déjà longue, est-il licite d’ajouter un éventuel effet antiviral ?
COVID-OUT : un essai randomisé et beaucoup d’insu
Les résultats d’un essai randomisé multicentrique décentralisé étatsunien appelé COVID-OUTplaident en faveur de ces hypothèses plutôt audacieuses, si l’on se réfère aux espoirs douchés pour d’autres vieux médicaments tels l’hydroxychloroquine ou encore l’ivermectine qui ont fait le buzz au plus fort de la pandémie et de ses vagues successives. Ont été inclus des patients adultes âgés de 30 à 85 ans, tous ambulatoires, souffrant de surpoids ou d'obésité et présentant des symptômes évocateurs de la Covid-19 depuis moins de 7 jours. Le diagnostic de l’infection a été confirmé par la positivité d’un test PCR ou d’un test antigénique dans les trois jours qui ont précédé l’inclusion dans l’étude. Six groupes ont été constitués par randomisation factorielle pour recevoir les traitements suivants à type de « bithérapies » : (1) metformine + ivermectine ; (2) metformine + fluvoxamine ; (3) metformine + placebo ; (4) ivermectine + placebo ; (5) fluvoxamine + placebo ; (6) placebo + placebo. Les participants, les investigateurs, les prestataires de soins et les opérateurs chargés de l’analyse des résultats n’étaient pas informés de l'affectation à tel ou tel groupe, de sorte que la méthodologie relève bel et bien d’une procédure de quadruple insu, rarement utilisée dans les essais thérapeutiques.
Le critère de jugement principal était la prévalence des formes sévères de la Covid-19 au 14e jour de l’étude : les résultats en faveur de l’efficacité de la metformine ont fait l’objet d’une publication antérieure sans grand retentissement, compte tenu probablement de la robustesse moyenne de ce critère de jugement. L’étude a été poursuivie à plus long terme sur une population de laquelle ont été exclus les participants qui n’ont reçu aucune dose des médicaments précités. Le diagnostic de Covid long au sein de cette cohorte a fait partie des critères secondaires préspécifiés, selon une définition qui n’a guère évolué au fil du temps.
Risque de Covid-19 diminué de plus de 40 %
Entre le 30 décembre 2020 et le 28 janvier 2022, 1 431 patients ont été inclus dans l’étude. Sur les 1 323 participants qui ont reçu au moins une dose de médicament, 1 126 [(âge médian 45 ans ; écart interquartile EIQ37-54 ; IMC médian 29,8 kg/m2 (EIQ 27,0-34,2) ; femmes : 43,9 %] ont accepté l’idée d’un suivi à long terme, à partir du 180e jour après l’inclusion. Au total, 564 d’entre eux ont reçu de la metformine et 562 un placebo. Dans la majorité des cas (95 %), le suivi a été d’au moins 9 mois. Dans l'ensemble, 93 (8,3 %) des 1 126 participants déclaraient un diagnostic de Covid long au 300e jour du suivi, un laps de temps qui dépasse largement celui entrant dans la définition de l’OMS.
L'incidence cumulée de ce diagnostic a été de 6,3 % (IC 95% 4,2-8,2) chez les participants qui ont reçu de la metformine et de 10,4 % (7,8-12,9) chez ceux qui ont reçu un placebo identique à la metformine ce qui conduit à un hazard ratio [HR] de 0,59 (IC 95% 0,39-0,89 ; p=0,012). Cet effet bénéfique s’est confirmé au terme de l’analyse des sous-groupes préspécifiés. Lorsque la metformine avait été prescrite dans les 3 jours suivant l'apparition des symptômes, le HR a alors été estimé à 0,37 (IC 95 % : 0,15-0,95). L'ivermectine (HR 0,99, IC 95% 0,59-1,64) et la fluvoxamine (1,36, IC 95 %, 0,78-2,34), pour leur part, n’ont eu aucun effet significatif sur l’incidence cumulée du Covid long.
Une prévention du Covid long ?
Cet essai randomisé en quadruple insu suggère que la metformine est à même de réduire l’incidence du Covid long de 41,3 %, comparativement à un placebo. Un résultat qui cadre quelque peu avec la conclusion d’une publication antérieure (N Engl J Med. 2022;387(7):599-610) : ce médicament semblait bien diminuer l’incidence des formes sévères de l’infection de 42,3 % versus placebo au 14ème jour de suivi (odds ratio [OR] 0,58, IC 95% 0,35–0,94). Il s’agissait cependant d’un critère de jugement secondaire de l’étude COVID-OUT, considéré comme insuffisant pour retenir l’attention à ce moment, le critère principal incluant l’hypoxémie n’étant atteint dans aucun groupe.
Qu’en sera-t-il dans le cas du Covid long ? L’étude est certes bel et bien contrôlée, mais les résultats concernant les critères de jugement secondaires de cet essai de bon aloi ne sont pas à l’abri des critiques et les auteurs en sont conscients, même si le tirage au sort est susceptible d’atténuer les effets statistiques liés aux nombreux biais et facteurs de confusion potentiels. Avant d’envisager un usage thérapeutique de la metformine dans la prévention du Covid long, d’autres études sont à l’évidence nécessaires, même si ce médicament peu onéreux semble faire preuve d’une activité antivirale in vitro et ex vivo, dirigée contre le SARS-CoV-2, ceci à des concentrations jugées raisonnables dans les milieux de culture. D’autres effets biologiques de cet antidiabétique sont également intéressants, autant d’arguments qui incitent à poursuivre les recherches autour de ce médicament ancien qui n’a pas fini de faire parler de lui.
Dr Philippe Tellier
RÉFÉRENCE
Bramante CT et coll. Outpatient treatment of COVID-19 and incidence of post-COVID-19 condition over 10 months (COVID-OUT): a multicentre, randomised, quadruple-blind, parallel-group, phase 3 trial Lancet Infect Dis., 2023publication avancée en ligne le 23 juin;. doi: 10.1016/S1473-3099(23)00299-2.
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