Ils avaient imaginé les tubes de 2027… en 2014
Gilles Syenave

Marcelin Willems, Ludo Meyers et Sammy Goldstein.D.R.
Et si on pouvait écouter aujourd’hui les tubes de 2027… enregistrés en 2014 ? C’est l’étonnante idée imaginée par les Liégeois Marcelin Willems, Ludo Meyers et Sammy Goldstein.
L’histoire commence par un rêve. « J’étais dans le futur et les gens n’avaient plus le temps d’écouter de longs morceaux », raconte Marcelin Willems, chanteur du trio. À son réveil, il en parle à Ludo Meyers et Sammy Goldstein, ses complices de l’époque. L’idée, qui devait presque rester une plaisanterie, devient rapidement un véritable projet musical : composer les vingt chansons les plus écoutées de 2027, en limitant chacune à une minute.
Le concept n’est pas totalement inédit. Le trio pense notamment aux Residents et à leur « Commercial Album », sorti en 1980, qui poussait déjà à l’extrême la réflexion sur la consommation musicale. « En 2014, avec le streaming, les habitudes avaient déjà commencé à changer. Les gens écoutaient davantage des titres que des albums entiers. C’était une réflexion sur l’avenir de la musique. »
Une drôle de capsule temporelle
Après quelques mois de composition et d’enregistrement, le projet s’endort. D’autres projets et d’autres albums occupent les trois musiciens. Leur studio ferme ses portes, le temps passe et « 2027 » reste au fond d’un tiroir. Jusqu’à ce que l’échéance annoncée se rapproche dangereusement.
Il faut dire que « 2027 » a pris une dimension particulière entre-temps : Sammy Goldstein, qui assure toute la batterie sur l’album, est décédé en 2023. « Quand on a réécouté les morceaux, on était très émus, car ce sont les dernières chansons que nous avons enregistrées avec Sammy. »
Ludo et Marcelin décident alors de terminer le projet pour rendre hommage à leur ami. « C’était quelqu’un de très talentueux. Son jeu correspondait parfaitement à ce genre de projet. »
Entre-temps, le monde de la musique a changé. TikTok, les formats courts et les algorithmes ont profondément modifié les habitudes d’écoute. « On fait du rock psychédélique. Au niveau du style, ça ne correspond donc pas vraiment aux genres dominants à l’heure actuelle. Mais au niveau de la façon de consommer la musique, nous avions vu juste », sourit Marcelin.
Quand le futur rattrape le passé
Restait une question : que faire de cet album imaginé pour un futur désormais devenu présent ? Et surtout, comment parler de l’avenir de la musique en 2026 sans évoquer l’intelligence artificielle ?
D’abord opposés à son utilisation dans la création artistique, Marcelin et Ludo ont finalement choisi de l’expérimenter pendant un an. Les prises originales de 2014 ont été conservées, tandis que quelques éléments nouveaux, principalement des synthétiseurs aux sonorités futuristes, sont venus compléter certains morceaux.
Cette expérience a également nourri une nouvelle saison du podcast de Marcelin Willems, « La Journée commence par le Rêve ». Plusieurs spécialistes y analysent les bouleversements provoqués par l’IA, parmi lesquels l’avocat Thibault Verbiest, le journaliste Grégory Aimar et la réalisatrice Sonia Barkallah.
Marcelin reste quant à lui partagé face à cette révolution. « Je suis un peu ambivalent. Nous, on l’a utilisée comme des musiciens, à l’instar des groupes qui ont utilisé les premiers samples. Il y a un travail, une réflexion. Mais dans certains cas, quelqu’un qui ne sait pas composer arrivera à faire des morceaux qui tiennent la route. Ça, c’est inquiétant. »
Le futur musical est peut-être déjà là. Reste à savoir qui en écrira la suite. ◼
de Marcelin Willems, Ludo Meyers et Sammy Goldstein, disponible sur les plateformes de streaming, via « La Journée commence par le Rêve ». Le podcast consacré au projet est sorti simultanément.