EXCISION EN AFRIQUE...

Journal International de Médecine, le 30 septembre 2026

Afrique : la guerre contre l’excision est loin d’être gagnée

Quentin Haroche

30 septembre 2026

La persistance de discours favorables aux mutilations génitales féminines motive des associations féministes sur place à continuer le combat.

C’est une campagne virale sur les réseaux sociaux qui a fait grand bruit en août dernier au Mali et plus globalement en Afrique francophone. Sur des affiches visiblement réalisées par intelligence artificielle, on y voit des personnalités locales affirmer leur soutien à une pratique archaïque : l’excision. « Oui à l’excision : nous voulons la protéger » ou encore « Protégeons les filles, construisons leurs avenirs », peut-on lire sur ces affiches, parfois accompagnées de vidéos dans lesquelles des influenceurs défendent les bienfaits supposés de l’excision. Si depuis, plusieurs des personnalités apparaissant sur ces affiches ont indiqué qu’elles n’y avaient jamais consenti et qu’elles ne soutiennent pas cette campagne, le mal est fait : ces messages pro-excision ont été vus par des millions d’internautes africains.

L’excision en particulier et les mutilations génitales féminines (MGF) en général, pratique consistant notamment en l’ablation du clitoris, sont encore malheureusement très répandues dans plusieurs pays d’Afrique et, dans une moindre mesure, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Dans certains pays comme l’Egypte, le Soudan, la Somalie, la Guinée ou le Mali, plus de 85 % des femmes sont excisées. On estime qu’environ 200 millions de femmes sont excisées dans le monde et 4 millions de plus sont mutilées chaque année.

L’excision en recul mais encore très présente au Mali

Les associations combattant l’excision ont pourtant eu des raisons de se réjouir récemment. La plupart des pays africains où la pratique est traditionnelle ont en effet adopté des législations criminalisant la mutilation génitale des jeunes filles ces dernières décennies (un signe que, n’en déplaise à certains, la lutte contre l’excision n’est pas qu’une obsession de « l’homme blanc »). Si ces législations sont loin d’être pleinement appliquées, elles ont permis de faire lentement changer les mentalités. En 2014, l’Unicef estimait ainsi que le risque de se faire exciser pour une jeune fille vivant dans l’un des pays où cette pratique est répandue avait diminué d’un tiers en trente ans.

Malheureusement, la campagne virale pro-excision récente sur les réseaux sociaux illustre le fait que la lutte contre cette mutilation se heurte encore aux traditions et au conservatisme local. Le Mali en est un bon exemple. Ces dernières années, le gouvernement a plusieurs fois condamné cette pratique et l’excision y est assimilée depuis 2024 à une « violence en raison du genre ». Cela a permis de faire lentement reculer la pratique, puisque « seulement » 73 % des filles maliennes de moins de 14 ans sont excisées, contre 89 % des femmes de 15 à 49 ans.

Malheureusement, par peur de l’opposition des milieux traditionnels et religieux, le gouvernement s’est toujours refusé à l’interdire explicitement. Dans un contexte de rejet de l’Occident (le gouvernement a demandé le départ des soldats français en 2021), l’excision est même vue par les autorités comme un moyen d’affirmer l’identité malienne et la junte au pouvoir a donc refusé de condamner la dernière campagne pro-excision relayée sur les réseaux sociaux. A l’inverse, les militantes féministes anti-excision sont régulièrement accusées d’être des agents de l’étranger qui tenteraient de remettre en cause l’indépendance du pays. 

L’excision tue 44 000 femmes africaines par an (n’en déplaise aux relativistes)

« Dans l’esprit des communautés qui la pratiquent, une fille excisée aura moins de pulsions sexuelles et sera une épouse fidèle » raconte au Monde Oumou Salif Touré, militante anti-MGF, pour expliquer la persistance de l’excision dans son pays. « C’est en réalité la peur d’une sexualité féminine autonome qui sous-tend cette résistance. Pour une famille, y renoncer, c’est compromettre les chances de mariage des filles ». 

La diffusion de cette campagne en faveur de l’excision a, en tous les cas, incité les militants anti-MGF à donner de la voix sur les réseaux sociaux. « Les gens ont été choqués qu’on parle encore de l’excision en ces termes » commente auprès du Figaro la militante ivoirienne Hami Traoré, elle-même excisée à l’âge de huit ans.« Nous avons tous donné de la voix. La lutte n’a pas de frontières. Aucune justification ne peut légitimer qu’on inflige de tels sévices, un tel niveau de douleur à des enfants. Ce n’est pas une tradition à préserver, c’est une violence à combattre ».

7 % des femmes de Seine-Saint Denis 

Ces dernières décennies, l’immigration africaine a importé le problème en Europe. Selon une étude de 2023, 7 % des femmes vivant dans le département de Seine-Saint-Denis ont subi une excision et l’hôpital de Montreuil dispose désormais d’un service spécialisé dans la prise en charge des femmes excisées, qui peut leur proposer une opération de reconstruction du clitoris, élaborée par le Dr Pierre Foldes dans les années 1980. Depuis de notre pays, certaines immigrées africaines mènent à distance le combat contre l’excision, comme Tabara Touré, étudiante guinéenne de 22 ans devenue ambassadrice du réseau « Excision, parlons-en ». « Nos efforts payent, mais il reste encore des comptes qui font impunément la promotion des mutilations génitales féminines depuis l’Europe » explique la jeune femme. 

Malheureusement, au nom d’un certain « relativisme culturel », il arrive que certains soi-disant intellectuels occidentaux défendent l’excision, arguant que nous ne serions pas en droit de critiquer des pratiques ancestrales qui nous sont étrangères. En décembre dernier, le prestigieux British Medical Journal (BMJ) avait ainsi publié une tribune d’universitaires dénonçant « le discours dominant sur les MGF dans le Nord, souvent basé sur une simplification excessive, la désinformation et les stéréotypes ». On leur répondra simplement que, selon une étude parue dans Nature en 2023, au moins 44 000 femmes décèdent chaque année en Afrique des suites d’une mutilation génitale. Sans évoquer les conséquences urinaires et sexuelles de ces MGF…

Date de dernière mise à jour : 04/10/2026

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