Débat du Soir

LE SOIR EN LIGNE DU 5 SEPTEMBRE 2026

Raoul Hedebouw (PTB) face à Axel Ronse (N-VA) : le choc de la rentrée

 

Taxer les super-riches pour résoudre l’équation à 10 milliards d’euros ? La solution à tous les maux pour Raoul Hedebouw, président du PTB. « No way » pour le député chef de groupe N-VA à la Chambre, Axel Ronse, qui veut tailler dans les dépenses, décharger les mutuelles et, si nécessaire, taxer la consommation. Article réservé aux abonnés

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Publié le 5/09/2026 à 06:00  

Pour cette rentrée politique sous le signe du budget, à la recherche de milliards, nous avons choisi de mettre face à face des personnalités de la majorité et des représentants de l’opposition ou du monde socio-économique. Le nationaliste Axel Ronse (N-VA) et le marxiste Raoul Hedebouw (PTB) ouvrent le bal. Ils veulent tous deux que le travail soit moins taxé en Belgique. Mais c’est sans doute leur seul point commun.

 

Augmenter la TVA touche les classes populaires !

Raoul Hedebouw, Président du PTB

Mais non, les riches consomment plus !

Axel Ronse, Chef de groupe N-VA à la Chambre

 

La hausse de la TVA est normalement une recette facile et transparente à mettre en œuvre. Votre parti défendra à nouveau cette piste lors du conclave budgétaire fédéral ?

Axel Ronse La N-VA veut avant tout diminuer la pression fiscale : nous voulons que les recettes de l’Etat baissent sous cette législature. Nous voulons moins de taxes. L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a fait la comparaison et en Belgique, on taxe vraiment beaucoup trop le travail. Mais on a aussi un immense problème de dette – 570 milliards d’euros et des intérêts sur cette dette qui augmentent. Il n’est pas question pour la N-VA que les travailleurs paient des taxes pour rembourser des intérêts de l’Etat ! Et notre croissance est nulle, ce sont les pires chiffres depuis le covid. Nous devons la relancer, pas la ralentir.

Or, toujours selon l’OCDE, la Belgique est bien moins douée pour taxer efficacement la consommation. Si la N-VA gouvernait seule, nous nous concentrerions sur les dépenses et nous ferions baisser les recettes. Donc, ce n’est pas que nous voulons augmenter la TVA, c’est que c’est la solution la moins pire si nous ne parvenons pas à un accord pour agir uniquement sur les dépenses. Ce gouvernement a mis en place des réformes qui sont applaudies, mais la situation conjoncturelle est terrible. Les prix de l’énergie plongent toute l’Europe dans la tempête. Ce qui complexifie évidemment les discussions budgétaires qui arrivent.

Vous restez sur votre proposition de relever le taux général de 21 à 22 % et d’harmoniser ceux de 6 et de 12 % à 9 % ?

A.R. Il y a plusieurs scénarios, mais oui, c’est l’un des plus simples et clairs. Une telle harmonisation peut rapporter 3 milliards par an et nous permet de baisser l’impôt sur le travail (via la réforme de l’impôt des personnes physiques votée en juillet dernier, NDLR).

Comment éviter que le conclave accouche « d’un chameau qui pue » bis, sachant que le MR est toujours strictement opposé à une augmentation de la TVA ?

A.R. Je me rappelle encore les bonnes interventions de Raoul à la Chambre avec le poulet du marché. Kafka, ce n’est tout simplement plus possible. Plus jamais !

 

Ce n’est pas que nous voulons augmenter la TVA, c’est que c’est la solution la moins pire, si nous ne parvenons pas à un accord pour agir uniquement sur les dépenses

Axel Ronse, Député chef de groupe N-VA à la Chambre

Raoul Hedebouw, vous êtes d’accord sur le fait que le travail est trop taxé en Belgique, non ? Par contre sur une hausse inévitable de la TVA…

Raoul Hedebouw La Belgique est un enfer fiscal pour les travailleurs et un paradis fiscal pour les super-riches. Mais la TVA est une taxe régressive : plus vous faites partie des couches populaires, plus vous allez payer de TVA. Pour être concret, la proposition de la N-VA coûterait plus ou moins 690 à 700 euros par an par ménage. Il y a une lutte de classe sur le type de fiscalité qu’on veut.

Vous confirmez le coût pour les ménages, Axel Ronse ?

A.R. Non ! Si on harmonise les taux, il faut tenir compte du fait que certains produits passent de 6 à 9 %, mais que d’autres passent de 12 à 9 % et nous voulons une exception pour le secteur de la construction. En plus, rien n’a encore été décidé, il y a divers scénarios. Et il faut savoir qu’une bonne partie de la TVA est payée par des gens qui ne font que passer par notre pays.

R.H. Alors là, j’attends l’étude qui dira que la TVA est surtout payée par les touristes ! La réalité, c’est qu’il faut bien que quelqu’un paie la crise économique et budgétaire. Mais la solution n’est pas de faire glisser la fiscalité du travail vers celle de la consommation, il faut la faire glisser vers le capital. Et 21 % sur l’essence et le diesel, comme s’il s’agissait de produits de luxe, c’est n’importe quoi. Il faudrait, à l’inverse, baisser la TVA sur les produits de première nécessité.

Le CD&V propose une hausse de la TVA mais assortie d’un taux nul sur certains produits de première nécessité. La N-VA est d’accord ?

A.R. Nous entamons le débat budgétaire avec un esprit très ouvert. Le pouvoir d’achat des gens, cela nous touche beaucoup. Et certainement celui de ceux qui bossent toute la journée et qui ont du mal à payer les tartines de leurs enfants. Mais je le répète : si on doit augmenter une taxe, augmentons la TVA, car tout le monde paie la TVA. Il n’est pas correct de dire qu’elle est surtout payée par les travailleurs. Les déciles les plus riches consomment beaucoup plus. L’impôt le plus injuste, c’est l’impôt sur le travail.

R.H. Nous avons soutenu la réforme de l’impôt sur les personnes physiques au Parlement. Sur l’augmentation de la TVA, le Bureau fédéral du Plan est clair : une hausse est néfaste pour l’économie. Parce que la consommation intérieure baisse et que c’est le seul moteur de notre économie. Donc je ne comprends pas votre aveuglement idéologique. Pourquoi y a-t-il un tel tabou à faire payer le grand capital ? Le pourcent le plus riche paie en moyenne en Belgique 23 % d’impôts ; le Belge médian 43 % !

La solution n’est pas de faire glisser la fiscalité du travail vers celle de la consommation, il faut la faire glisser vers le capital

Raoul Hedebouw, Président du PTB

Plusieurs partis de la majorité sont prêts à instaurer un impôt sur le patrimoine…

A.R. C’est non pour la N-VA ! Vous savez, moi j’adore les villes de Mons, de Charleroi, de Verviers… j’adore cette histoire industrielle. Il y a des jeunes, il y a encore de l’espace, il y a du potentiel. Mais donner le signal que ce sont des villes gérées par le PS qui veut taxer encore plus le capital ? Alors le capital ne viendra pas. Il faut écouter Fabien Pinckaers, le fondateur d’Odoo, une success-story wallonne quand il dit : « On me taxe, je déménage. » Ces gens ne sont pas en Wallonie parce que leur salaire est plus élevé ou parce que l’énergie est bon marché. Ils y sont parce qu’ils l’aiment et veulent la développer. Taxer les riches n’est pas la solution magique pour résoudre tous nos problèmes. Les riches et le capital, on en a besoin. On ne doit pas combattre la richesse, on doit combattre la pauvreté.

R.H. Là, vous nous sortez du Reagan, avec l’idée que si l’on fait des cadeaux aux super-riches, ils vont investir dans l’économie. Ça fait 40 ans que la droite nous vend la formule et 40 ans que ça ne marche pas. Les sondages sont pourtant clairs : quand il y a 80 % des gens qui sont pour une taxation des grosses fortunes, cela montre bien que ce ne sont pas que les déciles les plus pauvres qui pensent que c’est nécessaire. Quant à la fuite des capitaux, la plupart des études montrent qu’elle est très, très faible. Notre proposition de taxer à 2 % les fortunes de plus de 5 millions, à 3 % celles de plus de 10 millions est une vraie alternative budgétaire, qui rapporterait entre 7 et 8 milliards par an. Ce n’est pas un symbole comme la taxe sur les plus-values.

A.R. Mais la Belgique n’est pas un paradis fiscal pour les super-riches ! Vous dites ça à Monaco et ils vont éclater de rire ! Surtout, il faut être honnête avec les gens : il n’y aura de cadeau pour personne. La situation n’est pas au beau fixe. Ce n’est même pas une question d’idéologie et ce n’est pas qu’un problème belge. C’est toute l’Europe occidentale qui souffre d’un problème de compétitivité face à la Chine et aux Etats-Unis. Notre vision, je le répète, c’est que les recettes comme les dépenses du gouvernement doivent diminuer. Pas pour créer un Etat ultralibéral, mais pour conserver la sécurité sociale. Raoul dit qu’on peut garder ce que nous avons sans faire de grandes réformes, juste en taxant les riches et en supprimant la Défense. C’est faux.

R.H. En l’occurrence, la diminution des dépenses vaut pour tous les départements, sauf pour celui de Theo Francken (N-VA). Là, on trouve 34 milliards à dépenser. Cela prouve que la discussion est d’abord idéologique. Entre acheter des canadairs, payer les pensions ou dépenser des milliards pour mener des guerres, mon choix est fait. Plus d’armement en Europe, aux Etats-Unis, en Russie nous mène tout droit vers une guerre mondiale.

Vous partagez, Axel Ronse ?

A.R. Mais non. On va justement conserver la paix grâce à ces dépenses militaires. L’Europe n’arrivera pas à peser sur l’évolution géopolitique du monde en plantant des fleurs aux frontières.

Making of

Pour notre premier débat de rentrée politique, on pouvait difficilement réunir deux personnalités plus éloignées idéologiquement. Axel Ronse, chef de groupe N-VA à la Chambre, dans la majorité, et Raoul Hedebouw, président du PTB, dans l’opposition, ont accepté de discuter des défis budgétaires de l’heure, singulièrement d’une potentielle hausse de la TVA. Mais c’est quand ils ont abordé le thème des économies dans le secteur de la santé, singulièrement des malades de longue durée, et des conditions de travail que l’échange s’est emballé. Seul moment durant cette heure et demie d’entretien croisé où le ton est légèrement monté.

Pour le reste, le débat (en français, Raoul Hedebouw traduisant de temps en temps un mot en néerlandais d’Axel Ronse) fut d’une grande courtoisie, chacun écoutant l’autre dans le respect… avant de dire à quel point il ne partage pas l’opinion de son interlocuteur. Un vrai débat de fond, sans noms d’oiseau, voilà qui fait du bien. Il est vrai que les deux hommes se connaissent bien, débattent régulièrement ensemble en Flandre, Axel Ronse ayant même été invité à prendre la parole devant 400 militants communistes lors de la ManiFiesta du PTB l’an dernier. D’ailleurs, on ne pouvait plus les arrêter : le modèle allemand, les Etats-Unis, la Chine, les armes, les guerres dans le monde, ils ont largement débordé du sujet budgétaire du jour.

 

Axel Ronse

 

Titulaire d’un Executive Master in Business Administration de l’école Vlerick et d’une licence de philosophie de l’Université de Gand, Axel Ronse a travaillé sept ans chez Unizo, avant d’être élu député au parlement flamand en 2014. Durant six ans, il a aussi été échevin de la Culture à Courtrai. Et depuis 2024, il est chef de groupe N-VA à la Chambre.

Raoul Hedebouw

 

Raoul Hedebouw, qui a fait des études de botanique à l’Université de Liège, devient conseiller communal du PTB en 2012. Deux ans plus tard, le parti décroche ses deux premiers députés au Parlement fédéral, et Raoul Hedebouw y siège depuis lors. Il était le porte-parole du parti, il en est devenu le président en 2022.

16 refus

C’est inédit : jamais nous n’avons eu tant de difficultés à organiser la rentrée politique dans Le Soir. Pour cette édition 2026, nous avons voulu proposer à différents responsables politiques des majorités au fédéral, en Wallonie et à Bruxelles de débattre « du » sujet qui alimentera les prochaines semaines : le budget, sachant que quasi tous les gouvernements seront en conclave cet automne. Et pour les challenger à nos côtés, nous avons imaginé de les placer face à un interlocuteur de l’opposition ou du « terrain ».

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que ce ne fut pas une sinécure. Nous avons essuyé… 16 refus.

Il y a ces ministres qui ont décliné parce qu’ils voulaient bien une interview de rentrée… mais seul. Ceux qui ne voulaient pas évoquer le budget avant le conclave. Ceux qui ne voulaient manifestement pas débattre. Celui qui ne nous a tout simplement pas répondu.

Ainsi, en Wallonie, nous avons sollicité cinq des huit ministres, et tou(te)s ont refusé d’affronter la leader de l’opposition socialiste. En conseil des ministres, ils ont même estimé que personne ne devrait accepter notre proposition, officiellement « pour éviter les crispations avant le conclave ». Il n’y aura donc pas de débat wallon ici.

Au total, quatre ministres MR nous ont dit non, trois ministres Engagés, un CD&V, un Vooruit, un PS, un N-VA. Quatre au niveau fédéral et deux à Bruxelles, outre les cinq Wallons. Ainsi qu’une patronne d’entreprise et une présidente de parti flamand.

Sans parler, ou plutôt parlons-en, du refus de trois leaders syndicaux, deux FGTB, un CSC – ici aussi manifestement avec consignes ou du moins concertation – de débattre avec le libéral Georges-Louis Bouchez. Qui lui-même, face à ces refus, n’avait pas envie de participer à ce qu’il appelle « un débat classique » avec la co-présidente d’Ecolo.

Alors, on peut comprendre que les conclaves budgétaires s’annoncent éminemment délicats et qu’il faut éviter de mettre de l’huile sur le feu. Mais le débat, la confrontation des idées, sont au cœur même de la démocratie. L’explication à la population est un devoir des dirigeants. La contradiction, respectueuse, est de nature à alimenter la réflexion des citoyens électeurs. Et en proposer, relève aussi des missions d’un journal comme Le Soir.

D’ailleurs, la confrontation peut se passer dans une parfaite correction, sans allumer le feu, comme le prouve le premier entretien croisé que nous publions aujourd’hui, entre le chef de groupe N-VA à la Chambre, Axel Ronse, et le président du PTB, Raoul Hedebouw

 

 

Raoul Hedebouw (PTB) face à Axel Ronse (N-VA) : « Le travail rend malade » vs. « Le travail, c’est notre prospérité »

Pour la N-VA, qui attaque lourdement les mutuelles, les économies budgétaires doivent avant tout concerner le secteur de la santé, malades de longue durée en tête. Pour le PTB, ce sont les mauvaises conditions de travail qui rendent malade ainsi que les mesures de « régression sociale » de l’Arizona.

 

 

Débat -

Par Amandine Cloot et Martine Dubuisson

Publié le 5/09/2026 à 07:56 Temps de lecture: 8 min

Pour ce premier épisode des « débats de la rentrée », Raoul Hedebouw, président du PTB, et Axel Ronse, chef de groupe N-VA à la Chambre, ont accepté de se prêter au jeu.

Vous voulez réduire les dépenses de l’Etat ; dans quels secteurs ?

A.R. La santé évidemment ! Quand vous voyez le reportage de Christophe Deborsu sur RTL, avec cette dame qui a glissé, est tombée et reçoit une allocation de l’Inami depuis huit ans déjà ! J’ai pitié de cette dame, je ne suis pas fâchée contre elle, mais je suis hyperfâché contre le PS ! Qui a installé une politique qui rend les gens dépendants au CPAS, à l’Inami, au chômage. On va vers 600.000 personnes malades depuis plus d’un an qui perçoivent une allocation. Beaucoup pour de bonnes raisons et je leur souhaite même une allocation plus élevée qu’aujourd’hui. Mais il y en a aussi beaucoup que le système PS a rendu dépendants. La mutuelle socialiste, c’est le PS. Et ce sont les mêmes personnes qui doivent décider qui peut avoir une allocation de maladie ou pas, pour leurs propres électeurs. C’est quand même dingue ! Trouveriez-vous normal que la N-VA puisse dire à ses électeurs : toi, tu reçois une allocation, toi pas ?

Il faut supprimer les mutuelles ?

A.R. Non, mais il faut leur retirer cette compétence de décision, qui doit revenir à la Capac ou à l’Inami. Cela représentera immédiatement des milliards d’économies.

Des milliards ?

A.R. Oui !

Selon vous, quel pourcentage de malades de longue durée abusent du système ?

A.R. Tout de même 5 à 10 %, qui pourraient travailler, je dirais, et c’est encore une estimation prudente. Et on gagne trois fois quand les gens travaillent : on ne doit plus leur payer une allocation ; ils contribuent aux recettes par les contributions sociales ; et l’économie et la croissance augmentent car plus de gens travaillent.

Cette réforme des malades de longue durée a déjà débuté. Vous voulez aller plus loin ?

A.R. Oui, on a des propositions pour aller beaucoup plus loin. Avec Frank Vandenbroucke (Vooruit), on a décidé que la part payée par l’Etat aux mutuelles peut être diminuée de 30 % pour celles qui ne feraient pas assez d’efforts pour remettre les gens au travail. On a fait confiance à des mutuelles qui cassent notre système de sécurité sociale. On dépense beaucoup trop.

Selon moi, 5 à 10 % des malades longue durée pourraient travailler, et c’est encore une estimation prudente

Axel Ronse, Député chef de groupe N-VA à la Chambre

Ce discours vous fait bondir, Raoul Hedebouw ?

R.H. La grande source des nouveaux malades de longue durée, ce sont tous ces travailleurs de plus de 55 ans qui, il y a quelques années, auraient eu droit à la prépension à 55 ans, qui sont cassés, et qui ne peuvent plus partir avant 63, 64 ans. Et vous, vous dites : « Tout ça, c’est de l’abus, 5 à 10 % d’abus », ce qui présuppose que 10 % des médecins sont des menteurs. C’est une accusation grave.

A.R. Ce ne sont pas les médecins qui mentent, mais les mutuelles.

R.H. En réalité, les gens sont usés, en premier lieu par le travail. On a fait une étude avec Médecine pour le peuple, nos maisons médicales : trois quarts de nos patients de plus de 55 ans ont des problèmes importants musculosquelettique et respiratoire. Pourquoi ? Parce que le travail use en Belgique, une des économies les plus flexibles, les plus productives au monde. Donc, le débat des fins de carrière, des pensions est intimement lié au débat des malades de longue durée. Il y a effectivement des gens qui sont très difficiles à réinsérer sur le marché de l’emploi, mais quel employeur veut les engager s’ils ne sont pas à 110 % ?

A 55 ans, il faudrait laisser partir les gens à la pension ?

R.H. Cela dépend des secteurs. Mais l’idée est déjà de retourner à l’âge de 60 ans pour la prépension. Avec la suppression dans les faits du droit à la pension anticipée – car 42 ans de carrière à 60 ans, cela concerne 3 % des travailleurs –, on est en train de fermer toutes les portes afin que les gens travaillent jusqu’à 67 ans. Aujourd’hui, l’espérance de vie en bonne santé en Belgique, c’est 63,7 ans. Le prolétariat, les ouvriers des secteurs flexibles, industriels, c’est là où la santé décline beaucoup plus vite. Donc, il y a une injustice de classe par rapport à la pension. Le problème de la sécurité sociale, ce ne sont pas les dépenses mais les rentrées, qui ont diminué fortement, 16 milliards de ristournes et de subsides salariaux.

Contestez-vous qu’il y ait des abus ?

R.H. Il y en a toujours eu. Ce n’est pas nouveau.

Vous êtes en train de fermer toutes les portes pour souffler en fin de carrière. Donc les gens tombent en maladie. Le travail rend malade en Belgique

Raoul Hedebouw, Président du PTB

Et il faut lutter contre ça ?

R.H. Oui, et ça se fait, les contrôles sont énormes. Mais ce que je n’accepte pas, c’est que des médecins ne vont plus oser mettre en maladie, car chaque médecin va être monitoré. Et dans les quartiers populaires, les problèmes de santé sont beaucoup plus élevés que dans les quartiers aisés. Etre malade rend pauvre et la pauvreté rend malade. Il y a une injustice de classe par rapport aussi à la maladie.

A.R. Je m’étonne qu’un parti comme le PTB, qui se dit parti des travailleurs, et Raoul, qui est quelqu’un de très sérieux, ne luttent pas aussi contre cela. Parce que l’argent de la sécurité sociale, c’est l’argent payé par les travailleurs, qui voient que certains sont à la maison, en maladie sur décision de la mutuelle, alors qu’ils pourraient travailler. Les travailleurs eux-mêmes sont demandeurs de mettre de l’ordre dans le système qui, pour l’instant, est injuste.

R.H. Mais beaucoup de travailleurs savent qu’ils sont peut-être les malades de demain. Le travail rend malade en Belgique, certainement à partir de 55 ans. Et vous êtes en train de fermer toutes les portes pour souffler en fin de carrière. Donc les gens tombent en maladie. Le travail rend malade en Belgique, c’est ça la question.

A.R. Le travail rend malade en Belgique ?! Dire ça, dans une période où notre compétitivité et notre croissance économique sont très mauvaises, c’est le pire de ce qu’on peut dire ! Ce n’est pas un bon signal aux travailleurs. Comment les gens auraient alors envie d’aller travailler ? Le travail, c’est notre prospérité !

R.H. C’est pour ça que les travailleurs se battent, pour de bonnes conditions de travail.

A.R. Mais allez, soyons honnêtes : si on compare les conditions de travail en Belgique avec d’autres pays en Europe, on a quand même de bonnes conditions de travail !

R.H. Voilà ! On est au coeur du truc. En fait, vous ne connaissez pas le monde du travail. Quand vous rendez le travail plus flexible, que vous bloquez les salaires, que vous payez moins le travail de nuit, vous agressez tous ces travailleurs. Ce sont des décisions de régression sociale.

A.R. Y a-t-il quelqu’un qui travaille actuellement la nuit et qui aura une prime plus basse ? Non. C’est un mensonge du PTB. Les infirmières qui travaillent de nuit vont avoir la même prime. Ce n’est que dans le secteur de la distribution où, pour les nouveaux travailleurs, la prime ne sera pas perçue à partir de 20 heures mais de 24 heures.

R.H. Il faut respecter les lecteurs du Soir : petit à petit, dans une même entreprise, les contrats nouveaux vont être des contrats avec moins de salaire, les quatre premières heures auront beaucoup moins de sursalaire dans tous les secteurs. Ce que je veux, c’est que les travailleurs aient de bonnes conditions de travail et soient bien payés pour ça, et la N-VA fait tout le contraire. Vous prenez plein de mesures idéologiques et budgétaires qui vont faire payer les travailleurs actifs.

Dire qu’il faut augmenter le taux d’emploi en Belgique, mais aussi que le travail rend malade, n’est-ce pas contreproductif ?

R.H. Au contraire. On doit fournir de l’emploi de qualité. Beaucoup d’analyses scientifiques déterminent à quel point la flexibilité au travail, la cadence de travail rend malade. 100.000 prépensionnés en moins, 124.000 malades de longue durée âgés en plus. Ce sont des vases communicants. Je dis donc que les fins de carrière sont problématiques. A 67 ans, tous les métiers sont pénibles.

A.R. La grande différence entre nous, c’est que Raoul dit : « Je suis là pour les travailleurs. » Et ce qu’il propose, c’est le statu quo. Moi, je dis : « Je suis là pour les travailleurs, et mon but est que les travailleurs aient encore du travail après-demain et qu’il y ait encore plus de travail. » Et pour cela, il faut voir que le taux de salaire, c’est un problème pour notre compétitivité, et que la loi de l’emploi est trop rigide. Pas pour mener une lutte de classes. C’est mon message via cette double interview : je veux dire à Raoul, arrêtons cette lutte de classes, c’est la dernière chose dont nous avons besoin maintenant. Les classes doivent au contraire lutter épaule contre épaule pour conserver ce que nos parents, nos grands-parents ont fait depuis la deuxième guerre, et pour cela, il faut réformer.

R.H. C’est notre camp à nous, le camp de la gauche, qui a construit la sécurité sociale !

 

 

Date de dernière mise à jour : 05/09/2026

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