FRANCE - Excision : polémique

Du journal Marianne du 9 octobre 2026

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VIDÉO. Vote contre l’excision à Saint-Denis : quand Bally Bagayoko s'abstient et cafouille

Abstention, piège à c...

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Publié le 09/10/2026 à 18:00

 

Destiné notamment à répondre à une campagne pro-excision au Mali, le vœu présenté par l’opposition socialiste a été adopté sans la voix du maire de Saint-Denis. Sa majorité exigeait d’en retirer le soutien à la « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Retour sur un désaccord politique doublé d’un cafouillage en séance.

Un vœu contre l’excision adopté sans la voix du maire. C’est bien ce qui s’est passé, le 24 septembre, au conseil municipal de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). La délibération officielle est explicite : huit voix pour, quarante-quatre abstentions, dont celle de Bally Bagayoko. Pour comprendre cette abstention, Marianne a interrogé des participants et consulté l’enregistrement de la séance. On y découvre une majorité qui conditionne son soutien au retrait d’une référence législative, une opposition qui refuse de céder et un maire qui annonce prématurément le rejet du texte… avant d’avoir appelé les voix favorables.

À l’origine du vœu, Marguerite Mboulé, qui le présente au nom du groupe socialiste, écologiste et citoyen, et entend notamment répondre à la campagne numérique pro-excision qui a circulé au Mali durant l’été, avec des visuels générés par intelligence artificielle. Le texte rappelle qu’Inna Modja, chanteuse franco-malienne et marraine de la Maison des femmes de Saint-Denis, a insisté sur la nécessité de poursuivre ce combat à l'occasion des dix ans de la structure, le 3 septembre. Il s’agit donc de réaffirmer un engagement face à une offensive qui fait la promotion des mutilations sexuelles féminines.

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Le vœu articule cette riposte à plusieurs demandes concrètes : renforcer le soutien de l’État aux actions locales de prévention et aux parcours de réparation, pérenniser le modèle des Maisons des femmes et poursuivre le combat international pour l’interdiction de l’excision. Il réclame aussi l’adoption de la « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, assortie des financements nécessaires. C’est sur cette référence que la majorité municipale bloque.

La première adjointe, Cécile Gintrac, prend la parole pour en exposer les raisons. Elle remercie les auteurs du vœu, puis demande de retirer du titre et du contenu les mentions favorables à la proposition de loi. Elle invoque les modifications apportées en commission, certains amendements jugés négatifs et des demandes de députés insoumis et communistes restées sans suite. La majorité refuse, explique-t-elle, de donner un « blanc-seing » à un texte dont elle ne connaît pas la teneur finale.

« Polémique inutile »

Elsa Marcel, conseillère municipale de Révolution permanente (extrême gauche), annonce également son abstention. Elle juge difficile de mêler la lutte contre l’excision au soutien à cette proposition de loi, tout en reconnaissant l’importance du sujet. Pour l’opposition socialiste, les deux questions sont pourtant liées. L’élue municipale Katy Bontinck rappelle que des dispositions de la loi concernent précisément les Maisons des femmes et la lutte contre les mutilations sexuelles. Le vœu demande d’ailleurs explicitement qu’elles soient préservées. Il souligne aussi que le financement de la réforme est loin d’être garanti : ses auteurs n’ignorent donc pas les incertitudes parlementaires. « Votons ce vœu unanimement, ce serait une polémique inutile ! », lance l’élue. L’opposition maintient son texte.

Bally Bagayoko intervient alors : « Mes amis, il fait un peu tard, donc la raison doit l’emporter ! Il est sage, à mon avis, de faire la modification portant sur le dernier point. On peut acter le désaccord sur l’intégration des amendements. Je vous propose de voter sans les amendements le vœu tel qu’il est ainsi. » Mais au moment de procéder au vote, nouvelle consigne : « Je suis pour que nous ayons une expression de la majorité sur la base du vœu amendé. »

« Ah, donc oui… Les votes pour ? »

Un flottement. « Le vœu est adopté », intervient Katy Bontinck. « Ce vœu-là n’est pas adopté… », répond le maire. Sauf qu’il a oublié d’appeler les voix favorables. « Faut appeler les “pour”, peut-être ? », lui fait remarquer l’élue socialiste. « Ah, donc oui… Les votes pour ? », reprend Bagayoko.

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Le vœu est finalement adopté. Mais Katy Bontinck revient sur l’annonce du maire : « Je n’ai pas compris quand vous avez dit que vous souhaitiez qu’il y ait une expression de votre groupe : vous ne pouvez pas rajouter un vœu reprenant votre proposition. » Réponse de Bally Bagayoko : « Laissez-nous le soin de nous exprimer comme nous le souhaitons au sein de la majorité. » Un silence. Le maire passe au vœu suivant.

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Cette abstention ne permet toutefois pas de lui attribuer une approbation de l’excision. Dans un entretien à La Vie, publié le 11 septembre, donc avant le conseil municipal, il déclarait à propos de cette pratique : « Sur ce sujet, je suis heureux de constater que les opinions publiques africaines se lèvent de plus en plus pour dire que ce n’est pas acceptable. »

 

Reste le choix politique effectué en séance. Pour répondre à une campagne pro-excision et soutenir les dispositifs de protection des femmes, l’opposition proposait une expression commune et il n’était pas très compliqué, tactiquement, de voter avec l’opposition. « Cette ambiguïté, souffle un élu présent ce soir-là, permet à Bally Bagayoko de contenter tout le monde, comme il sait le faire : aux défenseurs communautaires de l’excision, il pourra dire qu’il n’a pas voté le vœu ; à ceux qui la combattent, il pourra rappeler ses déclarations dans La Vie et expliquer que son abstention portait seulement sur le soutien à la proposition de loi portée par le PS à l’Assemblée… »

 

Sollicité par Marianne, Bally Bagayoko nous renvoie, par l’intermédiaire de son attachée de presse, au communiqué de sa majorité publié ce jour sur son compte X, dans lequel il reprend à son compte une analyse partisane du désaccord : soutenir la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles serait revenu à donner un « blanc-seing » à un texte encore susceptible d’être amendé, notamment par la « droite et l’extrême droite ». C'est pas moi, c'est eux.

 

Par Etienne Campion

Date de dernière mise à jour : 12/10/2026

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