Caca brun et humour noir

Journal International de la Médecine 10 juillet 2026

André est un idiot, André est un héros

Quentin Haroche

10 juillet 2026

Face caméra, un homme au débit de mitraillette, qui semble tout droit sorti d’un film de Woody Allen, raconte la fois où, alors qu’il avait 13 ans, il s’est accidentellement coincé des échardes dans le pénis lors d’une séance de masturbation frénétique chez ses grands-parents. « Jusqu’à récemment, c’était la pire erreur de ma vie. Mais je crois que le fait de ne pas faire une colonoscopie quand j’aurais dû est une erreur légèrement plus grave ».

Dès cette première séquence, le ton de « André is an idiot » est donné. Ce documentaire américain, réalisé par Anthony Benna et sorti sur nos écrans le 1er juillet dernier, suit pendant trois ans le destin d’André Ricciardi, un publicitaire californien qui, à 52 ans, s’est vu diagnostiquer un cancer colorectal de stade 4 avec des métastases hépatiques. Quelques années auparavant, son meilleur ami lui avait proposé de faire une colonoscopie ensemble, « en couple ». Le publicitaire avait jugé l’idée ridicule, mais il reconnait que s’il s’était fait dépister plus tôt, son cancer aurait sans doute pu être traitable. « Quand j’ai dit à ma mère que j’avais un cancer, elle m’a tout de suite dit “mais quel idiot !” » raconte André. 

« Plus le cancer est grave, plus c’est drôle »

A priori, difficile de faire plus terrible qu’un documentaire sur la longue agonie d’un père de famille. Pourtant, « André is an idiot » réussit le tour de force de nous faire rire (sans manquer de nous émouvoir) et ce principalement grâce à son personnage principal. Publicitaire déjanté (« j’ai consacré ma vie à la publicité, quel gâchis total » déclare-t-il ironiquement), couvert de tatouage, fumeur de cannabis invétéré, André Ricciardi est un personnage loufoque, comme on n’en rencontre rarement dans la vie. Il a vécu toute son existence comme une farce, alors il a décidé d’en faire de même avec sa mort.

Tout le documentaire est donc rempli de séquences toutes plus déjantées les unes que les autres. André consulte un conseiller en « cris de la mort » (« death yells ») pour savoir quelle sera sa dernière phrase avant de mourir (il choisira « so long, suckers ! » soit « adieu les connards ! »), André contacte un médecin italien qui dit pouvoir réaliser une greffe de tête (et André espère pouvoir greffer sa tête sur un enfant de dix ans), André se demande s’il doit se faire entièrement cryogéniser ou seulement la tête, André fait imprimer son génome dans l’espoir d’être cloné, André imagine une émission de téléréalité intitulée « Qui veut me tuer ? » où le public pourra choisir qui aura le droit de le mettre à mort, André met un sticker « a voté » sur son anus avant une séance de radiothérapie etc. « Plus le cancer est grave, plus c’est drôle, c’est ça ma victoire » explique-t-il à son frère, qui ne comprend pas qu’il puisse prendre sa mort autant à la légère.

Petit à petit, André est malheureusement rattrapé par la gravité de la maladie. La chimiothérapie et la radiothérapie ne fonctionnent plus et il perçoit bien que son épouse dévouée (une barmaid canadienne qu’il a épousé sur un coup de tête pour qu’elle puisse obtenir un visa et dont il est finalement tombé amoureux) n’en peut plus. A la fin du film, alors qu’il est particulièrement affaibli et squelettique, André commence à s’interroger et à se demander s’il ne devrait pas commencer à prendre sa mort au sérieux… avant de s’amuser à faire passer des bonbons à travers les crevasses de sa peau décharnée devant ses filles. « Si je ne peux plus faire rigoler mes filles, alors cela ne vaut pas le coup » explique-t-il.

« Ce film peut vous sauver la vie »

Si « André is an idiot » est avant tout une œuvre intimiste sur notre rapport à la mort et les différentes manières de l’appréhender, il porte également un message de santé publique visant à rappeler aux gens de se faire dépister le cancer colo-rectal. Finalement décédé en 2023 à 55 ans, André Ricciardi a consacré les dernières années de sa vie à organiser une campagne de santé publique en faveur du dépistage. Une campagne à sa façon : des images d’objets ressemblant à des anus avec le message « un rappel de faire une colonoscopie ».

« Ce film peut vous sauver la vie » commente pour France info Kyan Khojandi. L’humoriste, créateur de la série Bref, double Andre Ricciardi dans la version française du documentaire. « Ce documentaire est à titre posthume, c’est un peu une transmission. Si jamais une vie est sauvée, ce sera toujours une vie de sauvée et c’est ça qui est important ». L’humoriste avait déjà participé en mars dernier à une campagne de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal. « A partir de 50 ans, le dépistage devient extrêmement recommandé » rappelle-t-il. « Vous recevez une lettre dans laquelle vous faites un petit prélèvement. Vous allez à la selle, vous allez faire caca, vous allez chier. Voilà, faut dire les choses. On prélève, on envoie et puis voilà ».

Chaque année en France, 17 000 patients décèdent d’un cancer colorectal. Seulement 33 % des personnes de plus de 50 ans se font dépister.

Date de dernière mise à jour : 14/07/2026

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