Incendies : le retour des masques FFP2 face aux fumées toxiques
Quentin Haroche
30 juillet 2026
L’Etat a déjà livré 5 millions de masques FFP2 pour protéger les habitants du sud-ouest de la France des fumées toxiques provoquées par les incendies de forêt.
Se confiner et mettre un masque lorsqu’on sort de chez soi : pour les jours à venir, les habitants du sud-ouest de la France vont faire un voyage dans le passé de cinq ans en arrière, au temps de la Covid-19. Cette fois, ce n’est pas un virus qui menace la santé des habitants de la région mais les fumées toxiques qui se dégagent du gigantesque incendie de forêt qui ravage la Gironde et les Landes depuis le 22 juillet dernier et que les pompiers ne sont toujours pas parvenus à juguler.
« Les feux de forêt émettent des fumées composées de nombreux agents physiques et chimiques et la qualité de l’air en est directement impactée » explique Santé Publique France (SPF) dans un point de situation publié ce mercredi. « Elles rejettent notamment des quantités importantes de particules fines dans l’atmosphère et d’autres gaz tels que le dioxyde de carbone ou le monoxyde de carbone (CO). Les particules fines peuvent être particulièrement nuisibles pour la santé humaine car elles peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Différentes études ont établi un lien entre l’exposition aux particules fines des fumées d’incendies de végétation et le risque de pneumonie et d’asthme ». Lors de la semaine du 20 juillet, SPF a ainsi pu observer une hausse des recours aux soins d’urgence « pour asthme, dyspnée/insuffisance respiratoire, malaises et angoisse » dans la métropole de Bordeaux.
5 millions de masques acheminés dans les pharmacies en quelques jours
Pour éviter de s’exposer à ces fumées toxiques, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a recommandé ce mercredi sur BFM TV aux habitants de la région de « rester, si c’est possible, à la maison ». En cas de sortie, la rhumatologue recommande aux sujets fragiles et notamment à ceux souffrant de « problèmes cardiaques ou respiratoires » de porter un masque FFP2, ces fameux masques de protection en forme de bec de canard qui ont eu leur heure de gloire durant la pandémie de Covid-19.
Ces derniers jours, l’Etat a donc puisé dans son stock de masques, mis en place à la suite de la pandémie de Covid-19 pour faire face aux situations d’urgence, pour livrer des masques FFP2 aux pharmacies du sud-ouest de la France. Ce sont ainsi 1,5 million de masques au total qui avaient été livrés vendredi soir, 2,5 millions ce dimanche et désormais 5 millions selon la ministre de la Santé. « Nous avons plus de 5 millions de masques disponibles et qui ont été livrés dans les pharmacies, donc il suffit d'aller à la pharmacie pour demander un masque FFP2 » explique Stéphanie Rist.« On les priorise pour les personnes fragiles, mais nous avons des masques ».
Sur le terrain, les pharmaciens sentent que la population est désireuse de se protéger. « Depuis le début de l’année, on avait vendu quatre masques FFP2 et là, rien qu’au mois de juillet, on en a déjà vendu 80 » confie à France info une pharmacienne des Landes. La livraison de ces millions de masques en quelques jours s’est faite dans un relatif bon ordre selon Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). « Les pharmacies de garde ont été livrées dès samedi, et l’ensemble des autres pharmacies ce lundi, c’est rapide » commente-t-il.
Plus de 4 000 personnes vulnérables évacuées
Son confrère Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) se montre en revanche plus sévère, notamment sur l’absence de critères clairs quant à la priorisation des délivrances de masques. « Tel que le document est rédigé, presque tout le monde y a droit : comment est-ce que je définis une personne âgée par exemple ? » s’interroge le pharmacien. « On n’a pas tiré les leçons de la crise du Covid car une fois de plus, c’est un gros bordel ».
Dans son intervention de ce mercredi, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a également fait un point sur l’évacuation des personnes fragiles menacées par les flammes. « 42 établissements médico-sociaux, c'est-à-dire des Ehpad ou des établissements de personnes en situation de handicap, ont été évacués » indique la rhumatologue. « Ça correspond à 4 272 personnes évacuéeset l'ensemble de ces personnes évacuées ont pu être replacées dans des établissements et retrouver des chambres normales ». « L’évacuation s’est passée dans des conditions extrêmes, mais de la moins mauvaise façon possible » ajoute-t-elle.
La ministre en a profité pour remercier les professionnels de la santé pour leur engagement face à cette crise. Elle précise ainsi que de nombreux soignants en congé ou en retraite se sont portés volontaires pour participer à l’évacuation des personnes vulnérables, dont « plus de 800 infirmières qui se sont proposées ». Une quinzaine de professionnels de santé ont également improvisé la création d’un hôpital de campagne à Lacanau, où de nombreux habitants des communes environnantes menacées par les flammes ont été redirigés.
Dans un communiqué publié ce lundi, le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) salue « l'engagement des médecins hospitaliers et libéraux qui font face, sur le terrain, aux intoxications liées aux fumées, aux brûlures et à l'ensemble des conséquences sanitaires de ces sinistres » et qui « assurent depuis plusieurs jours la continuité des soins auprès des personnes les plus fragiles, souvent dans des conditions matérielles et humaines très difficiles ».