Un pet de géant pour l’humanité
Quentin Haroche
20 février 2026
Des chercheurs de l’université du Maryland sont sur le point de résoudre l’une des plus grandes énigmes scientifiques de notre temps.
D’où venons-nous ? Dieu existe-t-il ? Y-a-t-il une vie après la mort ? Sommes-nous seuls dans l’univers ? Ces grandes questions existentielles que l’Homme se pose depuis des millénaires ne sont rien comparées à LA grande question qui tourmente l’humanité depuis toujours : combien de fois un homme pète-t-il par jour ? Les chercheurs de l’université du Maryland seraient sur le point de résoudre ce grand mystère de l’univers.
« Il est impossible pour un médecin de documenter la production excessive de gaz intestinaux avec les tests actuels » disait en 2000 le Dr Michael Levitt, gastro-entérologiste américain connu dans le milieu comme le « Roi des prouts » (« King of farts ») en raison de sa passion (scientifique) pour ces gaz qui répugnent (et amusent) petits et plus grands. Chercheur à l’université du Maryland en biologie cellulaire, le Pr Brantley Hall a décidé de relever le défi lancé par l’illustre Dr Levitt et de trouver un moyen de monitorer nos flatulences.
Entre 4 et 59 flatulences par jour
Avec son équipe, le Pr Hall a ainsi inventé le « Smart underwear » (« sous-vêtement intelligent » dans la langue de Joseph Pujol), un petit appareil électronique qui se place dans les sous-vêtements et qui permet, grâce à des capteurs électrochimiques, de relever chaque flatulence ainsi que sa teneur en hydrogène. Les chercheurs de l’université du Maryland ont publié leur premier essai de cet appareil dans la revue « Biosensors and Bioeletronics » en décembre dernier.
Ce sont 19 adultes volontaires qui ont accepté de porter pendant une semaine cet appareil dans leurs sous-vêtements pendant environ 12 heures par jour. Aucun des participants n’a ressenti d’inconfort durant l’expérience. L’étude a permis d’établir que les participants émettaient en moyenne 32 flatulences par jour, avec une grande diversité selon les individus, allant de seulement 4 en 24 heures à 59 « pets » en une journée. Le nombre de flatulences quotidiennes relevé par l’étude est bien supérieur aux estimations antérieures (10 à 20 par jour), qui reposaient essentiellement sur des relevés individuels autoadministrés, forcément sujets à des erreurs (difficile de rester concentré toute la journée sur son nombre de flatulences et tendance à minimiser le nombre de pets).
« L’utilisation couronnée de succès du Smart Underwear pendant une semaine chez 19 participants démontre que le monitoring des flatulences est à la fois techniquement faisable et acceptable par les patients, surmontant les obstacles qui ont historiquement empêché la surveillance objective du métabolisme du microbiote intestinal » se réjouissent les auteurs. Le but de l’expérimentation n’est en effet pas seulement de mesurer le nombre de flatulences pour l’amour de l’art, mais d’en tirer des conclusions sur la santé gastro-intestinale des patients.
L’ « Atlas des flatulences humaines », le projet Apollo des pets
« Nous ne savons actuellement pas quel est la production normale de flatulences et sans cette donnée, il est difficile de dire à partir de quand l’émission de flatulences d’une personne est problématique » explique le Pr Hall. « Notre appareil est comme un moniteur de glycémie, mais pour les gaz intestinaux ». Dans une seconde étude menée chez 38 participants, le « Smart Underwear » a ainsi réussi à détecter une hausse de la teneur en hydrogène des flatulences, liée à la consommation d’inuline (une fibre prébiotique), avec une sensibilité de 95 %.
Le Pr Hall et ses équipes voient désormais plus grand. Ils souhaitent en effet mettre au point un « Atlas des flatulences humaines » (« Human Flatus Atlas »). Ce projet consiste à utiliser le « Smart Underwear » chez des centaines de participants, jour et nuit, afin de disposer de données objectives sur le nombre de flatulences moyen des individus selon leur régime alimentaire. « L’Atlas des flatulences humaines établira des références objectives pour la fermentation microbienne intestinale, ce qui constitue une base essentielle pour évaluer comment des interventions alimentaires, probiotiques ou prébiotiques, modifient l’activité du microbiome » explique le Pr Hall.
Tout résident américain âgé de plus de 18 ans peut désormais se porter volontaire pour participer à l’étude. Un appareil permettant de mesurer les flatulences lui sera ensuite envoyé gratuitement. Comme on pouvait s’y attendre, cet appel à péter a remporté un franc succès et le site officiel de l’expérimentation indique désormais que les candidatures pour participer à l’Atlas sont désormais suspendues en raison d’une « demande importante ».
Le Pr Hall semble en tous les cas en lice pour décrocher le prochain Ig Nobel de médecine.