publié ce 30 septembre 2026
sur le site de SudInfo
Invité de VivaCité à évoquer l’euthanasie des personnes atteintes de démence, Pierre a raconté en direct qu’il sera euthanasié jeudi après-midi, un témoignage marqué par l’émotion et les larmes.
Publié le 30/09/2026 à 11:50
Par Guillaume Pavoncelli
Chef adjoint de l'information générale
C’était un moment suspendu. Cinq minutes à part ce mercredi matin dans « C’est vous qui le dites », l’émission de Cyril Detaeye sur VivaCité. Invité à débattre sur le projet du CD&V d’étendre la loi sur l’euthanasie aux personnes atteintes de démence, Pierre, un auditeur, a partagé sa propre expérience. Un témoignage poignant puisque l’homme a également annoncé qu’il se faisait lui-même euthanasier ce jeudi.
« Personnellement, j’avais introduit la demande écrite il y a plusieurs années. Cette demande s’est confirmée », explique-t-il par téléphone. Un troisième médecin est également venu l’écouter afin d’évaluer sa situation et sa capacité à prendre une décision. « Moi, je suis concerné. Je suis conscient de ce qui va m’arriver. J’ai le détail de l’opération et de l’intervention. Et je suis content que ça se fasse », explique-t-il. « Même une minute avant, je peux dire non »
Demain après-midi
L’échange prend une autre dimension lorsque Pierre explique qu’il sait désormais quand cette euthanasie aura lieu. « Demain après-midi », répond-il simplement.
Cyril Detaeye lui demande alors comment il se sent, à quelques heures de cette échéance. Sa réponse surprend par les mots qu’il choisit. « Rassuré. Heureux. » Mais derrière cette réponse, l’émotion est bien présente. Au moment de parler, Pierre fond en larmes. Des larmes que l’homme tient pourtant à préciser. « Ce sont des larmes de bonheur. »
Il explique alors ce que représente pour lui cette décision : ne plus souffrir, mais aussi ne plus être dépendant des autres. « Je ne vais plus souffrir, premièrement. Je ne vais plus… Je ne vais pas dire imposer. Mes enfants n’aiment pas ça. Non, je ne vais plus être une charge. »
L’animateur lui demande alors s’il fait ce choix pour ses proches ou pour lui-même. La réponse est immédiate. « Oh non, pour moi. Non, pas pour eux, pour moi. Ça, c’est certain. »
Au cours de l’entretien, Pierre insiste également sur un point : il sait qu’il pourra encore changer d’avis. On lui a expliqué que, jusqu’au dernier moment, il pourra refuser l’euthanasie. « Même une minute avant, je peux dire non », confirme-t-il. Pour lui, cette possibilité est importante. Car malgré la certitude qu’il affiche aujourd’hui, il sait que la décision lui appartient jusqu’au bout.
L’échange se termine simplement. Cyril Detaeye lui demande ce qu’on peut encore lui dire pour conclure cette conversation. Pierre répond alors : « Bon courage. » Quelques mots auxquels l’animateur répond à son tour : « Comme vous le demandez, je vous dis bon courage, Pierre. »
Le projet du CD&V
Le CD&V a préparé un premier projet de texte pour étendre la loi sur l’euthanasie aux personnes atteintes de démence, a indiqué le président des chrétiens-démocrates, Sammy Mahdi, mardi dans l’émission De Afspraak sur la chaîne publique flamande VRT. Celles-ci pourraient y recourir en s’appuyant sur une déclaration anticipée, selon la mouture envisagée. Belga a également obtenu confirmation de cette information.
L’accord de gouvernement scellé à l’échelon fédéral prévoit un élargissement de la loi sur l’euthanasie afin que les patients souffrant de démence puissent y accéder. Une proposition de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), est attendue.
Cette dernière a sollicité les administrations compétentes pour élaborer un texte, qui a désormais été transmis à d’autres partenaires concernés, comme le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit), pour être parachevé. Le texte proposé mise notamment sur une planification anticipée des soins et un trajet multidisciplinaire incluant non seulement le ou la patiente mais aussi ses proches et les prestataires de soins.
Sur la base du projet de texte avancé par les chrétiens-démocrates flamands, de nouvelles demandes d’avis seront formulées et les discussions politiques au sein du gouvernement pourront débuter.
Le 20 juin, pour éviter une crise politique, l’Arizona a renvoyé au mois de décembre l’ensemble des dossiers éthiques (IVG, gestation pour autrui, accès des personnes démentes à l’euthanasie, accouchement discret). Certains partenaires de coalition ont toutefois émis des doutes sur la capacité de Mme Verlinden à dégager un compromis acceptable pour tous. Le président de Vooruit, Conner Rousseau, s’était ainsi montré sceptique concernant le délai légal pour avorter, qui est actuellement de 12 semaines. Son parti veut le porter à 18 semaines tandis qu’Annelies Verlinden avait évoqué dans la presse un allongement à 14 semaines, à prendre ou à laisser.
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Par Sudinfo avec Belga
Publié le 20/03/2026
Le nombre d’euthanasies pratiquées en Belgique est en augmentation constante ces dernières années. En 2025, 4 % des décès enregistrés en Belgique étaient le résultat d’une euthanasie, indique vendredi la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie.
En chiffres bruts, cela représente près de 4.500 (4.486) décès par euthanasie, 12,4 % de plus que l’année précédente. Jusqu’en 2022, on comptabilisait encore moins de 3.000 euthanasies par an, mais elles n’ont cessé d’augmenter. « À un moment donné, on arrivera à un plafond », observe vendredi Jacqueline Herremans, présidente francophone de la Commission. « Mais on n’y est pas encore ».
Le vieillissement de la population joue certainement un rôle déterminant, avec une augmentation du nombre de personnes très âgées mais souffrant de plusieurs maladies chroniques réfractaires dont l’accumulation finit par porter atteinte à la qualité de vie. Ce groupe des patients souffrant de « polypathologies » est, proportionnellement, de plus en plus présent parmi ceux qui demandent l’euthanasie (29,6 % en 2025), même si les cancers restent la première justification renseignée (49,9 % des cas). Viennent ensuite les maladies neurologiques (8,2 %), et les maladies respiratoires (3,3 %) et cardiaques (2,4 %).
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Une pratique normalisée ?
De manière générale, au fil des ans, la législation encadrant l’euthanasie est aussi de mieux en mieux connue, et les témoignages participent à une libération de la parole autour de ce choix de fin de vie. « Il a fallu que tant les professionnels de la santé que les patients connaissent cette loi », note Jacqueline Herremans. Même s’il y « a encore pas mal de travail », ajoute-t-elle : « Il faut continuer d’informer, et de former les professionnels sur les questions de fin de vie ».
Si la pratique s’est « normalisée » chez nous, il n’est pas question de banalisation, insiste-t-elle : « Cela reste des chemins de vie avec une charge émotionnelle très importante, que ce soit pour le patient qui fait la démarche, pour les professionnels de la santé qui accompagne, et pour les proches ». En Belgique, l’euthanasie a été dépénalisée en 2002, encadrée de conditions. En 2014, elle a aussi été rendue possible pour les mineurs d’âge. Ces cas restent cependant exceptionnels : il y en a eu 7 depuis, dont un l’an dernier.
La pratique de l’euthanasie avant 40 ans reste globalement rare : 61 personnes ont fait ce choix en 2025 (1,4 % du total). La majorité des patients sont âgés de plus de 70 ans (73,7 %), dont 45 % de plus de 80 ans. Comme tous les ans, des personnes viennent aussi de l’étranger, essentiellement de France (110 sur un total de 123), pour suivre un parcours d’euthanasie en Belgique.
Une différence entre le Nord et le Sud du pays
Une autre tendance qui s’observe depuis des années est le déséquilibre entre Nord et Sud du pays : l’euthanasie est bien plus pratiquée du côté flamand. 3.379 des déclarations d’euthanasie sont ainsi rédigées par le médecin en néerlandais, 1.107 en français. Ce qui donne surtout une indication de la langue pratiquée par le médecin, pas forcément celle du patient. L’écart tend cependant à diminuer. On ne peut pas donner d’explication certaine à cette différence, en l’absence d’étude sur le sujet, indique Jacqueline Herremans. On peut en revanche soupçonner une approche subtilement différente de la relation entre le médecin et son patient, par exemple.
« Ce qui se confirme d’année en année, de manière nette, c’est que l’on privilégie le domicile ou le lieu de vie (maison de repos, etc.), quand c’est possible », indique la présidente francophone de la commission de contrôle. 30,9 % des euthanasies ont lieu en milieu hospitalier. Quasi toutes se font par intraveineuse, même s’il y a la possibilité de choisir un sirop de barbituriques à boire.