Mais reste quand même un péché pour les intégristes religieux
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Le Conseil Constitutionnel valide la loi sur la fin de vie
Quentin Haroche
14 août 2026
Les neuf « sages » n’ont censuré aucun article du texte mais ont cependant émis des réserves d’interprétation concernant les personnes sous tutelle, la clause de conscience des pharmaciens et celle des établissements de santé.
En ce début de week-end de l’Assomption, il n’y aura pas eu de miracle ou d’intercession de la Vierge pour les opposants à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Comme on pouvait s’y attendre, le Conseil Constitutionnel a confirmé, dans une décision rendue ce vendredi, la conformité à la Constitution de la loi sur la fin de vie, définitivement adoptée par le Parlement le 15 juillet dernier.
C’est peu dire que cette décision du Conseil Constitutionnel, sur l’une des réformes sociétales les plus importantes de ces dernières années, était attendue. Le juge constitutionnel avait fait l’objet de cinq saisines : trois par des députés et des sénateurs mais également, fait plus rare, par le Président du Sénat Gérard Larcher et par le Premier Ministre Sébastien Lecornu. Le gouvernement avait d’ailleurs, le 30 juillet dernier, adressé au Conseil Constitutionnel ses observations dans lesquelles il estimait que certaines garanties prévues par le texte qu’il avait pourtant défendu devant le Parlement étaient « insuffisantes pour satisfaire aux exigences constitutionnelles ».
Le Conseil Constitutionnel ne censure aucun article du texte
Durant ce délai de délibération d’un mois, certains s’étaient également émus de la partialité de certains des membres du Conseil Constitutionnel. Quatre des neuf « sages » se sont en effet publiquement prononcés en faveur de la légalisation de la fin de vie ces dernières années, dont l’ancien sénateur Jacques Mézard, auteur en 2012 d’une proposition de loi sur l’euthanasie. « On ne peut pas être juge et partie » avait ainsi clamé Bruno Retailleau, candidat à l’élection présidentielle et fervent opposant à la légalisation du suicide assisté, qui avait demandé la récusation des membres jugés partiaux.
Malgré ces critiques, le Conseil Constitutionnel a donc rendu son office. Dans sa décision de ce vendredi, il a confirmé la totalité de la loi qui lui était déférée, ne censurant pas le moindre article du texte. « En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu garantir la liberté personnelle et a estimé, dans l’exercice de sa compétence, que l’institution d’un droit à l’aide à mourir, sous certaines conditions, contribue à mettre en œuvre le droit de toute personne d’avoir une fin de vie digne » écrit le juge constitutionnel dans le communiqué expliquant sa décision.
Or, « il n’appartient pas au Conseil constitutionnel, qui ne dispose pas d’un pouvoir général d’appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement, de substituer son appréciation à celle du législateur sur les conditions dans lesquelles une personne demandant une aide à mourir peut avoir le droit de recourir à une substance létale en étant accompagnée, dès lors que la mise en œuvre de ce droit repose sur sa volonté libre et éclairée et est assortie de garanties appropriées ». En d’autres termes, rien dans la Constitution n’interdisait au législateur de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie.
Le Conseil Constitutionnel crée une clause de conscience d’établissement
Par conséquent, les neuf « sages » jugent qu’il n’y a lieu de censurer aucune des dispositions du texte, que ce soit celles concernant la définition du droit à l’aide à mourir, les conditions d’accès à ce droit ou la procédure d’aide à mourir. Cependant, le Conseil Constitutionnel a émis trois réserves d’interprétation du texte. Cela signifie que certaines dispositions du texte ne sont certes pas contraires à la Constitution, mais seulement si les juges et l’administration les interprètent dans un certain sens dicté par le Conseil.
La première réserve concerne l’accès au droit à l’aide à mourir des personnes placées sous tutelle ou sous curatelle, explicitement prévu par l’article 5 du texte. Le Conseil estime ici « qu’il appartient au médecin auquel la demande d’aide à mourir d’un majeur protégé a été adressée de prendre en compte, dans sa décision, les observations recueillies auprès de la personne chargée de la mesure de protection juridique », c’est-à-dire du tuteur ou du curateur, exigence qui n’était pas explicitement prévue par le texte. Le médecin ne sera cependant, semble-t-il, pas tenu par ces observations et pourra donc euthanasier un patient contre l’avis de son tuteur.
Les deux autres réserves d’interprétation du Conseil concernent la clause de conscience. L’article 14 de la loi prévoit en effet que les professionnels de santé peuvent refuser de participer à une procédure d’aide à mourir. Cependant, le texte ne prévoit pas le cas spécifique du pharmacien hospitalier à qui il serait demandé de préparer la substance létale utilisée pour tuer un patient. Le Conseil Constitutionnel juge ici que la clause de conscience doit s’étendre à ces pharmaciens, car « la réalisation d’une préparation magistrale létale ou sa délivrance est susceptible de heurter les convictions personnelles du pharmacien qui en est chargé ».
Enfin, dans sa dernière réserve, le Conseil Constitutionnel répond favorablement à une demande des établissements de santé confessionnels en reconnaissant l’existence d’une clause de conscience d’établissement, comme il en existe déjà concernant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le juge retient ainsi que « le responsable d’un établissement privé peut refuser que la procédure d’aide à mourir se déroule dans ses locaux lorsqu’une telle procédure est manifestement contraire aux missions statutaires ou au projet de l’établissement » (bel euphémisme pour ne pas évoquer la religion), à condition que « d’autres établissements soient en mesure de répondre aux besoins locaux ».
Après cette décision de conformité du Conseil Constitutionnel, le Président de la République Emmanuel Macron va donc pouvoir dès à présent promulguer le texte, faisant de la France le sixième pays en Europe à légaliser l’euthanasie.