Depuis le 1er janvier 2026, la première vague d’exclusions du chômage concerne notamment les personnes cumulant plus de 20 ans d’allocations ou bénéficiant d’allocations d’insertion depuis plus d’un an. À Charleroi, 1.143 personnes étaient visées. Sur les 717 dossiers déjà analysés par le CPAS, 600 ont débouché sur un revenu d’intégration. Mais environ 16 % des demandeurs n’y ont pas droit. « C’est une partie moins visible de la réforme, mais très préoccupante », souligne Philippe Van Cauwenberghe, président du CPAS.
Les trois raisons principales
Contrairement au chômage, le CPAS analyse l’ensemble de la situation financière du ménage. Premier cas fréquent : les revenus du conjoint ou des cohabitants dépassent les plafonds du RIS. « Une personne peut perdre son chômage, mais si son partenaire gagne suffisamment, elle n’a pas droit au revenu d’intégration. Pour le ménage, la perte peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an », explique le président du CPAS.
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Deuxième motif récurrent : le patrimoine. Des économies, un héritage ou des revenus immobiliers peuvent suffire à exclure l’accès au RIS. « On a par exemple des personnes qui avaient encore du chômage malgré un capital important. Au CPAS, ces ressources sont prises en compte », précise-t-il. Enfin, certains dossiers sont refusés faute de documents. Le CPAS dispose d’un délai légal de 30 jours pour statuer : sans collaboration complète, la demande doit être rejetée, même temporairement.
La réforme entraîne aussi des situations techniques parfois difficiles à comprendre. Exemple fréquent : un homme exclu du chômage vivant avec une compagne sans revenus voit le revenu d’intégration réparti entre les deux au CPAS. Une seule exclusion peut ainsi générer deux personnes à accompagner. « On passe d’un dossier à deux suivis distincts », explique Philippe Van Cauwenberghe.
Des effets sociaux déjà visibles
Le président du CPAS évoque également un impact sur les dynamiques familiales. Les revenus des enfants vivant sous le même toit sont désormais pris en compte, ce qui peut réduire l’accès au RIS et modifier l’équilibre financier des ménages. Autre conséquence inattendue : certaines personnes pourraient puiser dans leurs économies avant de demander de l’aide, retardant l’impact réel de la réforme. « Comme après le Covid, on s’attend à un effet retard. Les gens se débrouillent d’abord, puis viennent quand leurs réserves sont épuisées », analyse-t-il.
Après une première phase en janvier, la réforme du chômage franchira une nouvelle étape dès le 1er mars avec une deuxième vague visant les personnes ayant cumulé entre 8 et 20 ans de chômage. À Charleroi, 1.972 personnes sont concernées. Si la tendance actuelle se confirme, près de 1.400 rendez-vous pourraient être pris au CPAS, avec environ 1.176 nouveaux revenus d’intégration, soit près de 60 % des personnes visées – bien au-delà du tiers annoncé par le gouvernement fédéral. Une troisième vague suivra le 1er avril et pourrait toucher 1.957 Carolos supplémentaires. « Les chiffres étant similaires, on s’attend à une nouvelle pression importante sur nos services », souligne le président du CPAS.