Pête ton crâne !

Journal International de Médecine du 9 mars 2026

Un enfant de 13 ans a dû être hospitalisé en urgence, a perdu dix kilos en quelques jours et a été placé sous neuroleptique. La drogue vendue par les prévenus à l’origine du drame n’est pas de l’héroïne ou de la cocaïne mais du 5F-AKB4, une substance plus connue dans la rue sous le nom de « Pête ton crâne » (PTC) ou Buddha Blue (mais que vient faire Buddha là-dedans ?).

Des produits bien plus dangereux que le cannabis

Le 5F-AKB4 est ce qu’on appelle un cannabinoïde de synthèse, un produit synthétisé en laboratoire pour imiter les effets du cannabis, mais en les décuplant. Certains estiment ainsi que le PTC serait 200 fois plus actif que le cannabis. Apparu en Europe en 2012, cette drogue a gagné une grande popularité chez les jeunes générations, en raison de son prix modique (10 euros la dose sur Internet).

Les cas d’intoxication grave au PTC ont ainsi explosé ces dernières années, de quelques dizaines par an entre 2019 et 2022, à plus de 200 en 2024 explique le Dr Jérôme Langrand, responsable du centre antipoison de Paris. Cette drogue est souvent consommée sous forme de liquide via une cigarette électronique. Problème : comme l’indiquait l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) l’an dernier, « le mode de consommation par vapotage ne réduit pas les risques liés à l’usage de ces produits illicites, il peut au contraire les augmenter, l’action des produits étant plus rapide ».

Ces dernières années, les alertes concernant la consommation de cannabinoïdes de synthèse par vapotage se multiplient. En 2024, c’était l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) qui s’inquiétait d’observer une hausse de la consommation de ces produits potentiellement dangereux. Et en 2025, l’ANSM rappelait que« les cannabinoïdes de synthèse présentent des risques graves pour la santé : troubles psychiatriques (épisodes délirants, hallucinations, idées suicidaires, attaque de panique), troubles digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales), troubles cardiovasculaires (tachycardie, douleur thoracique), problèmes rénaux, addiction sévère avec syndrome de sevrage mais aussi malaises, amnésies, pertes de connaissance, voire convulsions ».

Le jeu du chat et de la souris

Ces produits sont parfois consommés à leur insu par des sujets qui pensent fumer du « simple » cannabis. La presse régionale est ainsi remplie de cas dramatique de personnes victimes d’une forte intoxication aux cannabinoïdes de synthèse sans l’avoir voul. C’est par exemple à Cherbourg un jeune homme de 21 atteint de troubles psychiatriques après avoir consommé du PTC. Et à Reims, ce sont trois membres d’une même famille qui ont dû être hospitalisés après avoir consommé une soupe contenant du PTC.

Le 5F-AKB4 a été placé sur la liste des stupéfiants en 2017 et sa consommation et sa vente sont donc interdits. Mais les criminels ont plus d’un tour dans leur sac. Chaque jour ou presque, des chimistes sans scrupule inventent de nouvelles drogues de synthèse. Selon le principe qui veut que tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, ces drogues, puisqu’elles ne figurent pas sur la liste officielle des produits stupéfiants, peuvent être consommées et vendues librement. Les autorités sanitaires doivent donc régulièrement mettre à jour la liste des produits interdits pour y ajouter de nouvelles substances. 

« C’est un jeu du chat et de la souris permanent » commentait avec amertume en 2024 le Dr Bruno Revol, addictologue à Grenoble, lorsque l’ANSM avait classé un groupe de substances au nom barbare (H4-CBD, H2-CBD, 5F-SGT-151, 5F-Cumyl-P7AICA…) dans la liste des stupéfiants

 

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Date de dernière mise à jour : 09/03/2026

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