Pour les ronfleurs et apnéiques légers
Sur Univadis France le 2 janvier 2026
Que peut-on proposer aux ronfleurs simples ou aux apnéiques légers ?
Caroline Guignot 02 janvier 2026
STRASBOURG — Les plaintes pour ronflement isolé du syndrome d’apnées du sommeil (SAOS) ou associé à une apnée ne justifiant pas d’un traitement ventilatoire (index d’apnées hypopnées [IAH] inférieur à 30 par heure) sont fréquentes et peuvent laisser les praticiens démunis. Pourtant, des explorations peuvent être proposées face à ces plaintes de sommeil : un examen ORL initial peut rechercher les causes anatomiques potentielles et guider les options thérapeutiques. Le traitement de l’obstruction nasale doit primer avant toute autre prise en charge (orthèses, pression positive continue ou PPC…). Le changement positionnel doit être évalué. Enfin, la chirurgie peut offrir des alternatives lorsque des obstacles ont été observés lors de l’examen ORL. Les Prs Xavier Dufour (ORL, CHU Poitiers), Valentin Favier (ORL, CHU Montpellier) et Quentin Lisan (ORL, hôpital Foch, Paris) ont balayé la question au cours du Congrès du sommeil 2025.
Et si c’était le nez ? Et si c’était positionnel ?
La respiration physiologique est nasale, mais le nez représente 50 % des résistances de l’arbre respiratoire. Il existe un continuum entre une mauvaise respiration nasale et le passage d’un seuil conduisant à une respiration buccale, qui, elle-même, favorise la collapsibilité des tissus. Face à une plainte pour ronflement, la première étape de l’évaluation consiste donc à observer le patient pour déterminer s’il respire spontanément par la bouche. Il faut l’interroger : « Respirez-vous par le nez ? » ou « Y a-t-il une gêne ou non lorsque vous respirez par le nez, et en position allongée ? ». Un certain nombre de patients ont des facteurs anatomiques favorisant la respiration buccale ou l’apnée, comme un menton reculé ; d’autres ont une respiration naturelle buccale ou encore une obstruction nasale spécifique en décubitus, souvent associée à une congestion veineuse des cornets inférieurs, qui vont favoriser les ronflements. « Un enregistrement du sommeil est bien sûr nécessaire pour évaluer l’existence d’apnées du sommeil, mais, avant cela, il y a plusieurs étiologies qui peuvent être prises en charge au niveau nasal et peuvent parfois normaliser complètement la plainte et éviter un éventuel surdiagnostic lié à d’autres explorations », a insisté Valentin Favier. Une exploration ORL permet de rechercher certaines étiologies au cours d’une endoscopie sous sommeil induit, qui pourront faire l’objet d’une prise en charge (rhinite allergique notamment).
Si l’exploration nasale n’a pas mis en évidence de site obstructif, un patient qui consulte pour un ronflement ou pour des pauses respiratoires ou qui présente des signes cliniques évocateurs de syndrome d’apnées du sommeil doit ensuite faire l’objet d’un enregistrement polysomnographique. Cet examen doit aussi rechercher une éventuelle origine positionnelle. « En effet, 50 à 60 % des sujets SAOS ont une majoration des évènements respiratoires en position dorsale, du fait d’une position inadéquate de la langue, du voile du palais, de l’hypoglosse et/ou d’un collapsus du pharynx », a expliqué Xavier Dufour. « Leur IAH est normal en position décubitus latéral, mais monte à 25, 30 et même 60 en position dorsale. » Beaucoup de patients utilisent des outils informels plus ou moins contraignants (balles de tennis, coussins,ì pour éviter le basculement sur le dos…), mais il existe aussi des dispositifs spécifiques, notamment vibratoires. L’association de différentes approches (avec la PPC, l’orthèse…) peut aider à réduire la fréquence des apnées lorsqu’une seule approche ne suffit pas.
Quelles sont les approches chirurgicales ?
Face aux problèmes d’observance de la PPC et de l’orthèse, la chirurgie est une alternative séduisante, à condition de bien sélectionner les indications et les patients éligibles. Les recommandations américaines ont compilé les données sur la chirurgie des tissus mous et confirment que ce geste peut améliorer le score de somnolence et l’IAH de manière significative et prolongée dans le temps. « La pertinence de la chirurgie dépend des symptômes, des paramètres cliniques et, bien évidemment, du profil du patient, de son âge et de ses comorbidités. »
Quentin Lisan a décrit les grands cadres de prescription de la chirurgie :
En cas d’obstacle anatomique, l’endoscopie sous sommeil induit a pu mettre en évidence des tissus qui, en collabant, pourraient obstruer le passage de l’air et favoriser les apnées et/ou les ronflements (voile du palais, uvule, graisse tonsillaire, amygdales…). Un geste opératoire peut donc être proposé selon les anomalies observées. Un implant stimulateur de l’hypoglosse peut aussi être envisagé lorsque le problème obstructif provient de la base de la langue ou des amygdales basilinguales.
En cas de ronflement, selon sa survenue, ses répercussions sur le ou la partenaire, sur la vie sociale, sur la qualité de vie… après avoir exploré les questions associées (iatrogénie, consommation d’alcool et de tabac). « Les orthèses, le traitement positionnel ou la rééducation myofasciale pourraient aider à réduire la fréquence ou l’intensité des ronflements. S’ils sont inefficaces ou insuffisants, une chirurgie du voile du palais est possible. »
En cas d’apnée légère à modérée, après échec ou en cas d’opposition à l’orthèse ou à la PPC, la chirurgie peut être envisagée après avoir pris en charge les éventuels troubles identifiés par l’exploration ORL. Avant cela, une PPC ou une orthèse peuvent être testées durant quelques semaines : si l’amélioration de l’IAH est significative, cela permet de penser que la chirurgie sera efficace.
« À titre personnel, face à un index d’apnées-hypopnées autour de 10, en l’absence de désaturation et avec une symptomatologie peu marquée, je pense qu’il peut être justifié de ne pas poursuivre les investigations, y compris le test thérapeutique », a résumé Quentin Lisan. « Cette attitude doit néanmoins être nuancée, car certaines études randomisées britanniques ont démontré une amélioration symptomatique après traitement des patients présentant un index entre 5 et 15. De plus, les index issus d’une polygraphie ventilatoire classés comme légers s’avéreraient probablement légèrement supérieurs s’ils étaient mesurés par polysomnographie. Aussi, la décision thérapeutique dépend beaucoup du contexte clinique. » Si le patient se plaint de ronflement, ce symptôme doit être traité, mais cela ne justifie pas nécessairement d’investigations supplémentaires, puisque l’approche thérapeutique ne se fonde pas sur un simple paramètre numérique, mais sur l’ensemble de la situation clinique. Il arrive que les patients aient une réponse uniquement partielle au traitement ORL ou que le ronflement ne soit pas strictement positionnel.
Toutes ces situations mettent en évidence la nécessité de considérer le patient dans sa globalité. Dans tous les cas, l’évaluation ORL, souvent négligée, pourrait être remise au début de la démarche diagnostique et thérapeutique.
Cet article a initialement été publié sur Univadis.fr, membre du réseau Medscape.
Date de dernière mise à jour : 23/01/2026
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