Pourquoi le pénis humain est-il si grand ?
Frédéric Haroche
13 mars 2026
Pourquoi le pénis humain est-il, proportionnellement au corps, beaucoup plus grand que celui des autres primates ? Cette question intrigue depuis longtemps les hommes en général et les biologistes de l’évolution en particulier. Une étude expérimentale publiée dans PLOS Biology apporte un nouvel éclairage sur cette question de taille, alors que des travaux antérieurs suggèrent que la taille du pénis pouvait influencer le succès sexuel et reproductif et modifier la probabilité de grossesse.
Pour tester plus directement l’influence de certains traits masculins sur la perception des mâles et des femelles de notre espèce, l’équipe dirigée par Upama Aich (University of Western Australia) a conçu une expérience reposant sur des silhouettes masculines générées par ordinateur. Les chercheurs ont créé 343 avatars nus dont ils faisaient varier indépendamment trois paramètres : la taille, la morphologie corporelle, notamment le rapport épaules-hanches et la taille du pénis flaccide.
Au total, 800 participants (600 hommes et 200 femmes) ont été invités à évaluer ces figures. Les participantes devaient juger leur attractivité sexuelle, tandis que les participants masculins devaient estimer dans quelle mesure ces individus leur semblaient menaçants, à la fois comme adversaires physiques et comme rivaux sexuels. Les silhouettes étaient présentées soit à taille réelle lors d’une expérience en présentiel, soit sous forme d’images réduites dans un questionnaire en ligne. Ce dispositif expérimental visait donc à explorer deux dimensions classiques de la sélection sexuelle : le choix des partenaires par les femmes et la compétition entre hommes pour l’accès à ces partenaires.
Point trop n’en faut
Les résultats montrent une convergence notable entre les jugements masculins et féminins.
Les femmes ont jugé plus attirants les hommes plus grands, présentant une silhouette plus marquée en « V » et dotés d’un pénis plus volumineux. Toutefois, cet effet n’était pas linéaire : au-delà d’un certain seuil, l’augmentation de la taille, de la largeur des épaules ou du pénis apportait des bénéfices décroissants en termes d’attractivité. Ces résultats suggèrent que, dans un contexte préhistorique où les organes génitaux étaient visibles, la taille du pénis pouvait constituer un signal d’attractivité masculine.
Du côté masculin, ces mêmes caractéristiques étaient associées à une perception de menace accrue. Les participants jugeaient les hommes plus grands, à la morphologie plus athlétique et au pénis plus grand comme des adversaires physiques plus redoutables et des rivaux sexuels plus menaçants. Selon les auteurs, les hommes auraient cependant tendance à surestimer l’importance de ces traits pour séduire les femmes, puisqu’ils percevaient les caractéristiques les plus exagérées comme particulièrement menaçantes.
Pour Upama Aich et coll., ces résultats suggèrent que l’évolution de certains traits masculins, notamment la taille du pénis pourrait donc résulter d’une double pression de sélection : d’une part les préférences féminines, d’autre part la compétition entre mâles. Les auteurs soulignent toutefois que, dans l’évaluation des rivaux masculins, la taille et la morphologie corporelle restent des déterminants plus importants que la taille du pénis. Ce dernier trait pourrait donc avoir été davantage favorisé par la sélection liée au choix des partenaires que par la seule compétition physique entre hommes.
Mais une question demeure : pourquoi les autres primates n’ont-ils pas connu la même évolution ? Deux facteurs sont avancés dans d’autres travaux. D’une part, la bipédie humaine, qui rend les organes génitaux plus visibles et donc potentiellement soumis à la sélection sexuelle. D’autre part, les différences de systèmes reproductifs : chez plusieurs primates, notamment les gorilles, les mâles dominants monopolisent plusieurs femelles, ce qui réduit la compétition sexuelle sur ce type de trait. Chez l’humain, au contraire, une combinaison de choix des partenaires et de rivalité entre mâles pourrait avoir favorisé l’émergence d’un pénis proportionnellement plus développé.
grand ? - JIM - 13 mars 2026.
Commenter