Stérilet pour tous ?

Dans le Journal International de Médecine du 7 mai 2026

Qui aura bientôt droit à son stérilet ?

Frédéric Haroche

07 mai 2026

Une équipe lilloise travaille depuis plusieurs années à une innovation qui entend rebattre les cartes de la contraception : un dispositif de contraception masculine réversible, non hormonal et implantable, que ses concepteurs comparent volontiers à un « stérilet pour homme ».

À l’origine du projet, le Dr Julie Prasivoravong, spécialiste de l’infertilité masculine au CHU de Lille et au centre hospitalier de Lens. « En matière de contraception, je veux offrir plus de choix aux hommes que le préservatif ou les méthodes dites naturelles comme le retrait », explique-t-elle au journal Le Point. L’idée lui est venue face à un double constat : la hausse continue des demandes de vasectomie et l’augmentation persistante du recours à l’IVG. Selon les données d’EPI-PHARE, le nombre d’hommes ayant eu recours à une vasectomie est passé de 1 940 en 2010 à plus de 30 000 en 2022, soit une multiplication par quinze en douze ans. Dans le même temps, les statistiques publiques faisaient état de 251 270 IVG en France en 2024, soit environ 7 000 de plus qu’en 2023.

« À partir de 2021, j’ai commencé à me demander ce qu’on pouvait faire », retrace l’andrologue. Son objectif : concevoir une solution « la plus low-tech possible », sans hormone, capable de bloquer mécaniquement le passage des spermatozoïdes afin d’empêcher la fécondation. « Mon ambition, c’est de permettre au plus grand nombre possible d’accéder à la contraception », insiste-t-elle.

Le projet séduit rapidement Jessica Schiro, spécialiste des technologies innovantes en santé au CIC-IT, laboratoire Inserm basé au CHU de Lille. Pendant trois ans, les deux chercheuses travaillent sur plusieurs prototypes avant d’aboutir à un dispositif baptisé STEOM, breveté en 2025. Son principe repose exclusivement sur un blocage mécanique des spermatozoïdes aux niveaux des canaux déférents, sans interaction avec le système hormonal ni avec la libido. « C’est vraiment le pendant du stérilet féminin, le mode de fonctionnement est le même », souligne Jessica Schiro (même si les mécanismes d’action des deux dispositifs ne sont pas identiques). 

Une intervention de 15 minutes 

Concrètement, le dispositif serait implanté en ambulatoire, sous anesthésie locale, via une petite ouverture d’environ un centimètre au niveau du scrotum. L’intervention durerait une quinzaine de minutes. « Pas besoin de pansement ni de points de suture, cela se referme tout seul ; ce n’est pas plus douloureux que la pose d’un implant chez la femme », assure Julie Prasivoravong. Le dispositif pourrait être posé pour une durée de trois ans par tout médecin formé, notamment des urologues ou des andrologues.

L’un des arguments majeurs avancés par les concepteurs du STEOM est sa réversibilité. Contrairement à la vasectomie, cette méthode aurait vocation à permettre un retour à la fertilité après retrait du dispositif. Au-delà de l’innovation technologique, les porteurs du projet y voient aussi une évolution sociétale. « Nous allons toucher des couples installés qui ont déjà eu des enfants ou qui n’en veulent plus ; des hommes jeunes qui veulent partager la charge contraceptive avec leur compagne », anticipe Jessica Schiro, qui s’appuie sur une étude de réceptivité menée auprès de 350 répondants.

Mais avant une éventuelle commercialisation, de nombreuses étapes restent à franchir. Les premiers essais précliniques sur animaux de laboratoire doivent débuter à partir de ce mois de mai 2026, en collaboration avec l’université de Liège. Les chercheurs devront notamment démontrer l’efficacité contraceptive du dispositif, mais aussi son innocuité sur la fertilité et la sexualité.

Une arrivée sur le marché n’est donc pas envisagée avant sept à dix ans.

 

 

Date de dernière mise à jour : 08/05/2026

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