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Usage médical du Cannabis

Dans le Journal International de la Médecine du 21 janvier 2026

Usage médical du cannabis : état des lieux

Dr Pierre Margent | 21 Janvier 2026

Alors qu’un quart des adultes nord-américains ont déjà utilisé le cannabis à visée médicale, les preuves scientifiques de son efficacité demeurent limitées pour la majorité des pathologies. Un point sur les indications validées par la FDA, les risques à connaître et la situation française.

Le terme cannabis désigne tous les produits dérivés de la plante Cannabis et les cannabinoïdes, substances actives incluant les molécules de synthèse. Parmi la centaine de cannabinoïdes identifiés, le delta-9-tétrahydrocannabinol (Δ9-THC) possède une forte action psychoactive, contrairement au cannabidiol (CBD), dénué d'effets psychotropes.

Selon une enquête menée en 2018 auprès de 27 169 adultes américains et canadiens, 27 % d’entre eux ont déjà consommé du cannabis à visée médicale, principalement pour traiter des douleurs (53 %), de l'anxiété (52 %) ou des insomnies (46 %). Aux Etats-Unis, 10,5 % de la population déclare utiliser du CBD à des fins thérapeutiques. Malgré l'accumulation d'études, les preuves scientifiques restent insuffisantes pour la plupart des pathologies.

Une revue générale centrée sur le contexte américain a été menée pour préciser les données actuelles relatives à l'usage thérapeutique du cannabis et des cannabinoïdes chez l'adulte, déterminer leurs risques et identifier les principales indications médicales validées. Elle a inclus 124 publications en langue anglaise parues entre 2010 et 2024, dont 21 guides de recommandations cliniques, 7 revues de la littérature et 3 méta-analyses.

Pharmacologie et modes d'administration

Le système endocannabinoïde comprend des composés naturels (anandamide, 2-arachidonyl-glycérol) agissant sur les récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2, impliqués dans la neurotransmission, l'immunité, le métabolisme et la réponse au stress. Abondants dans le cerveau, notamment dans les zones émotionnelles, ces récepteurs sont également présents dans le cœur et les vaisseaux, pouvant induire vasodilatation et diminution de la contractilité myocardique.

Aux États-Unis, où de nombreux États ont légalisé l'usage thérapeutique voire récréatif du cannabis, 70 % des utilisateurs consomment la fleur séchée, 59 % des produits comestibles et 42 % des huiles à vapoter. L'inhalation (fumée ou vapeur) permet une action rapide avec un pic sanguin de Δ9-THC atteint en 30 minutes. La voie orale retarde l'action (pic à 1-3 heures) avec une durée d'effet de 1,5 à 12 heures selon la dose. Les formes épidermiques n'ont pas d'effets psychoactifs du fait d'une absorption systémique négligeable.

Indications approuvées et non-approuvées par la FDA

La FDA autorise l’emploi des cannabinoïdes dans l'anorexie associée au VIH/SIDA, les nausées et vomissements induits par les chimiothérapies, et certaines épilepsies pédiatriques sévères. Pour les chimiothérapies à base de carboplatine ou oxaliplatine, le dronabinol et la nabilone sont approuvés sans démontrer de supériorité nette sur d'autres antiémétiques. Dans le VIH/SIDA, le dronabinol est autorisé en cas de perte de poids persistante, bien que les données soient limitées.

Le CBD pharmaceutique est approuvé en traitement adjuvant des syndromes de Dravet et Lennox-Gastaut chez l'enfant de plus de 2 ans, et en cas de sclérose tubéreuse de Bourneville dès 1 an. Chez l'adulte, les preuves manquent pour recommander le cannabis dans l'épilepsie.

De nombreuses institutions internationales déconseillent le recours au cannabis en première ligne dans les douleurs chroniques non cancéreuses, le rapport bénéfice/risque étant défavorable. Toutefois, selon les recommandations 2025 de l'American College of Physicians, le nabiximol peut être envisagé pour les douleurs neuropathiques réfractaires aux traitements de première ligne (antidépresseurs tricycliques, agents topiques), sur la base de preuves de certitude modérée.

Contrairement à d'autres autorités (britanniques, canadiennes), la FDA ne recommande pas le cannabis dans la spasticité liée à la sclérose en plaques, malgré une méta-analyse de 2024 sur 8 780 adultes montrant un effet notable. Les preuves restent également insuffisantes pour les douleurs cancéreuses, l'insomnie et la démence.

Des risques à évaluer avant prescription

L'usage de cannabis peut exacerber les troubles psychotiques et favoriser les conduites suicidaires chez les patients dépressifs. A l’inverse, une revue systématique de 2024 suggère un effet bénéfique dans l'anxiété généralisée ou sociale, mais avec des réserves méthodologiques importantes.

En cas de grossesse ou de schizophrénie, les risques dépassent largement les bénéfices. De plus, les patients sous dronabinol ou nabilone doivent éviter la conduite 4 à 6 heures après inhalation et 8 à 12 heures après ingestion. Une potentialisation existe avec les dépresseurs du système nerveux central (benzodiazépines, alcool). L'intoxication aiguë se manifeste par des troubles de coordination, euphorie, altération du jugement, voire psychose ou infarctus du myocarde chez les patients à risque cardiovasculaire.

À long terme, une association est documentée entre consommation de cannabis et infarctus, AVC, arythmies et mortalité cardiovasculaire accrue, probablement via l'activation sympathique et l'atteinte endothéliale. Sur le plan respiratoire, le cannabis inhalé est contre-indiqué en cas d'asthme ou de BPCO, pouvant lui-même induire une pathologie asthmatique.

La situation en France

En France, une expérimentation du cannabis thérapeutique a débuté en mars 2021 et a été prolongée jusqu'en mars 2026. Elle concerne cinq indications : douleurs neuropathiques réfractaires, certaines formes d'épilepsies sévères pharmacorésistantes, symptômes rebelles en oncologie, situations palliatives et spasticité douloureuse de la sclérose en plaques. Environ 3 000 patients ont été inclus dans cette expérimentation qui évalue l'efficacité, la tolérance et l'acceptabilité des médicaments à base de cannabis. Les produits sont délivrés uniquement en pharmacie hospitalière sur prescription médicale spécialisée.

Dans tous les cas, une évaluation rigoureuse du rapport bénéfices/risques s'impose, même pour les indications validées. La plupart des études sont observationnelles et hétérogènes quant aux populations, formulations et posologies. Les preuves formelles manquant pour la majorité des indications, les cliniciens doivent procéder à une analyse approfondie avant toute prescription.

References

Hsu M, Shah A, Jordan A, et al. Therapeutic Use of Cannabis and Cannabinoids: A Review. JAMA. 2025 Nov 26. doi: 10.1001/jama.2025.19433. 

Date de dernière mise à jour : 21/01/2026

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