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CANCER COLORECTAL

JIM du 2 mars 2026

« Va chier » : des personnalités incitent au dépistage du cancer colorectal

Quentin Haroche | 02 Mars 2026

La Ligue contre le cancer a lancé une campagne de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal avec l’aide de huit personnalités.

Dans son smoking impeccable, l’acteur et comédien Franck Dubosc trône fièrement à côté de ses toilettes sur un fond bleu. Tout juste auréolé d’un César, l’acteur de Camping a un message pour nous : « Va chier ! ». Comme sept autres personnalités, dont la chroniqueuse Mademoiselle Agnès ou l’escrimeur Enzo Lefort, il a accepté de participer à la nouvelle campagne de la Ligue contre le Cancer pour sensibiliser au dépistage du cancer colorectal.

C’est la deuxième année consécutive que la Ligue contre le Cancer utilise ce slogan choc à l’occasion de Mars Bleu, la campagne annuelle de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal. « Les gens se demandent de quoi ça parle, ils s’arrêtent, se posent des questions, ils lisent et le message est passé » commente l’acteur Kyan Khojandi, qui participe à la campagne. « Va chier ce n’est pas une insulte, c’est un vrai conseil. Alors prenez soin de vous, allez tous faire caca ! » s’amuse le créateur de la série Bref.

Le dépistage du cancer colorectal consiste en effet à prélever une partie de ses selles grâce à un kit de prélèvement disponible gratuitement en pharmacie ou sur Internet. Le prélèvement doit ensuite être envoyé à un centre d’analyse. Si du sang est repéré dans les selles, le patient sera invité à réaliser des analyses plus approfondies pour détecter un éventuel cancer.

Comment dit-on « va chier ! » en finnois ?

Le cancer colorectal est l’un des trois cancers, avec ceux du sein et du col de l’utérus, pour lequel un dépistage organisé a été mis en place et ce depuis 2008. Tous les Français âgés de 50 à 74 ans sont appelés à faire analyser leurs selles au moins une fois tous les deux ans. La Ligue contre le cancer rappelle en effet que dans 90 % des cas, un cancer colorectal peut être guéri s’il est repéré précocement.

Pourtant, le taux de participation au dépistage du cancer colorectal reste faible. Selon les derniers chiffres de Santé publique France (SPF), seulement 29,6 % de la population cible a participé au dépistage en 2023-2024, un taux stable depuis 2020. C’est loin de l’objectif affiché d’un taux de participation de 65 % et des chiffres observés chez certains de nos voisins européens (77 % des Finlandais et 68 % des Hollandais participent aux programmes de dépistage déployés dans leurs pays). On observe que les femmes et les catégories aisées répondent davantage aux invitations des autorités sanitaires que les hommes et les plus précaires : 32 % des femmes appartenant aux 10 % les plus riches se font dépister contre 14 % des hommes les plus pauvres. 

Plusieurs éléments expliquent cette faible participation de la population au dépistage : le manque de connaissance du sujet, la crainte de la coloscopie et plus globalement le caractère intime (pour ne pas dire un peu répugnant) du prélèvement. 

17 000 décès chaque année par CCR

« Il y a un frein psychologique très fort, c’est difficile d’en parler » reconnait le Dr Zeineb Lounici, radiologue au CHU de Bordeaux et présidente de la commission dépistage et prévention à la Ligue contre le cancer. « Ça reste un dépistage qui est en lien direct avec une part de notre intimité. Mais c’est un dépistage chez soi, dans ses toilettes, en utilisant un kit de dépistage où tout est très bien expliqué. Pour détecter un cancer du côlon, il faut en passer par là alors ne vous formalisez pas trop et faites-le. Faire ce dépistage peut sauver la vie » poursuit la radiologue.

Le cancer colorectal est un des cancers qui progressent le plus ces dernières années. Chaque année en France, 47 000 personnes reçoivent un diagnostic de cancer colorecal et 17 000 en décèdent. C’est le troisième cancer le plus fréquent chez les hommes (après ceux du poumon et du pancréas), le deuxième chez les femmes (après celui du sein) et le deuxième le plus meurtrier tout genre confondu (après celui du poumon). Les principaux facteurs de risque sont le tabac, l’alcool et la consommation excessive de charcuterie et de viande rouge, tandis qu’une activité sportive régulière permet de diminuer le risque. Ce cancer progresse également chez les jeunes : il est récemment devenu la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans aux Etats-Unis

Pour montrer que la question concerne toute la société et pas seulement les seniors, la Ligue contre le cancer s’est adjoint l’aide de personnalités jeunes : six des huit stars qui participent à sa campagne n’ont pas encore 50 ans. Agé de 43 ans, Kyan Khojandi devra ainsi encore attendre sept ans avant de connaitre les joies du dépistage. Il avoue qu’il n’était même pas au courant de l’existence de ce programme avant qu’on le contacte pour cette campagne. La chanteuse Suzanne, 35 ans seulement, espère quant à elle que ses jeunes fans en parleront à leurs parents. « Quand de telles personnes s’en emparent, la force de frappe est beaucoup plus percutante » se réjouit le Dr Lounici, qui espère enfin faire remonter le taux de participation au programme national. 

Lead image credit: Aniloracru/Dreamstime

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Dans le JIM du 21 mars 2025

Les produits laitiers sont nos amis, pour prévenir le cancer colorectal aussi

 

Dr Sylvain Beorchia | 21 Mars 2025

Le risque de cancer colorectal est influencé par l’alimentation. Une vaste étude sur plus de 500 000 femmes démontre le rôle protecteur des produits laitiers et du calcium, tandis que l’alcool et la viande transformée augmentent le risque. 

Selon les conclusions du rapport du Centre International de la Recherche sur le cancer, en France, 40 % des cancers observés en 2018 sont liés au mode de vie et à l’environnement (1). En France, 16 % des nouveaux cas de cancer chez les hommes et 20 % chez les femmes sont attribuables à des facteurs nutritionnels (tabac 20 %, alcool 8 %, alimentation déséquilibrée et/ou obésité 5,4 %).

Le cancer colorectal (CCR) est la 3e cause de cancer la plus fréquente. Ses taux d’incidence varient considérablement dans le monde et les taux les plus élevés sont observés dans les pays à haut revenu. Le risque augmente pour les personnes qui migrent d’une zone à faible incidence vers une zone à forte incidence, suggérant l’intervention de facteurs facteurs environnementaux dans le développement du CCR.

Une revue récente de la littérature fait le point sur les différentes approches diététiques dans la prévention du CCR détaillant les niveaux de preuves caractérisant les régimes pro-inflammatoires néfastes aux approches diététiques méditerranéennes salutaires (2).

L'absence de consensus concernant les relations entre les facteurs alimentaires autres que l'alcool et la viande transformée et le risque de CCR peut être due, au moins en partie, au nombre relativement faible d'études publiant des résultats complets sur tous les types d'aliments, à l'erreur de mesure alimentaire et/ou à la petite taille des échantillons. 

Une étude systématique de 97 facteurs alimentaires sur près de 17 ans

Afin de remédier à certaines de ces limites, des experts épidémiologistes ont examiné les associations entre 97 facteurs alimentaires et le risque ultérieur de CCR chez 542 778 participantes à l'étude prospective Million Women Study (3).

Entre 1996 et 2001, 1,3 million de femmes, d'un âge moyen (ET) de 56 (6) ans, ont été invitées au programme de dépistage du cancer du sein du NHS en Angleterre et en Écosse. Elles ont participé à cette étude en remplissant le questionnaire de recrutement, qui recueillait des informations sur leurs caractéristiques démographiques, leur mode de vie et des facteurs sociaux.

Les participantes ont été réinterrogées à intervalles d'environ 3 à 5 ans après le recrutement sur leur régime alimentaire au cours d'une semaine typique, à l’aide de 130 questions quantitatives ou semi-quantitatives sur la fréquence de consommation d'aliments et de groupes d'aliments spécifiques. 

Afin d’étudier la causalité des associations, une analyse de randomisation mendélienne a également été effectuée à l'aide de données de la ColoRectal Transdisciplinary Study, du Colon Cancer Family Registry et du consortium Genetics and Epidemiology of Colorectal Cancer (GECCO). 

Plus de 12 000 cas de cancer colorectal

Parmi les 542 778 participantes, et au cours d’un suivi moyen de 16,6 (ET 4,8) ans, 12 251 cas de CCR ont été diagnostiqués.

Les femmes chez qui un CCR a été diagnostiqué étaient généralement plus âgées, plus grandes que l’ensemble des participantes, avec des antécédents familiaux de cancer de l’intestin et des comportements plus néfastes pour leur santé. 

L’analyse des risques relatifs (RR) pour le CCR en relation avec les apports des 97 facteurs alimentaires, ont montré que 17 étaient associés au risque de CCR (valeur de p corrigée FDR < 0,009). Parmi ces 17 facteurs alimentaires, les apports plus élevés en alcool (RR pour 20 g/jour = 1,15) et plus faibles en calcium (pour 300 mg/jour RR = 0,83) présentaient les associations les plus fortes, suivis de six facteurs liés aux produits laitiers associés au calcium.

Les apports en lait, yaourt, riboflavine, magnésium, phosphore et potassium étaient inversement associés au risque de CCR, tout comme les apports en céréales de petit-déjeuner, fruits, céréales complètes, glucides, fibres, sucres totaux, folate et vitamine C. La consommation de viande rouge et transformée était positivement associée au risque de cancer colorectal (RR pour 30 g/jour = 1,08, p < 0,01).

Une association inverse a été observée entre la consommation de lait génétiquement prédite par le gène de la lactase et le risque de CCR, qui était plus grande que l'association inverse entre la consommation de lait déclarée et le CCR.

L’alcool encore et toujours en cause

Cette étude confirme l'association positive bien établie entre la consommation d'alcool et le risque de CCR, conformément à la méta-analyse dose-réponse du World Cancer Research Fund (WCRF) de 2018 (4) qui a montré un risque de CCR supérieur de 7 % pour 10 grammes d'alcool par jour, passant à 15 % pour 20 grammes par jour. Les spiritueux, la bière et le vin ont des effets similaires en termes de risque.

Le tabac aurait un effet synergique avec l’alcool. Des études antérieures de randomisation mendélienne, effectuées chez des adultes d'ascendance asiatique et européenne, soutiennent également une association causale entre la consommation d'alcool et le risque de CCR.

Seraient en cause l’inflammation chronique de la muqueuse intestinale, le stress oxydatif ainsi que la production d'acétaldéhyde, qui s'est avérée mutagène à des concentrations élevées et qui perturberait la fonction de réparation des ADN dans les tissus humains.

La carence en vitamines, minéraux et notamment en folates, fréquente chez les patients consommant de l’alcool, serait un facteur aggravant ce phénomène moléculaire.

De plus, la déclaration des doses d’alcool ingérées est classiquement sous-estimée par les enquêtes alimentaires et il est possible que ce facteur soit plus important notamment chez les personnes ayant une alimentation dite saine.

Le rôle protecteur des produits laitiers et du calcium

Les aliments et nutriments liés aux produits laitiers examinés dans cette étude étaient tous inversement associés au risque de CCR, à l'exception du fromage et de la crème glacée.

Ces résultats, en particulier pour le calcium (risque inférieur de 17 % pour 300 mg/jour) et le lait de vache (risque inférieur de 14 % pour 200 g/jour), sont d'une ampleur supérieure à ceux rapportés dans la méta-analyse du WCRF (9 % et 6 %, respectivement). Une analyse de l'ensemble du régime alimentaire dans l'étude EPIC (5000 cas parmi 387 000 participants) avait révélé des risques de CCR inférieurs de 7 % et 5 % pour des augmentations identiques.

Une étude de la Nurses' Health Study II (349 cas parmi 94 000 participants) a montré un risque inférieur de 15 % pour le calcium (300 mg/jour), et une étude de la UK Biobank (2600 cas parmi 476 000 participants) a signalé un risque inférieur de 14 % pour 200 ml de lait de vache/jour (p = 0,07). 

Les résultats de la randomisation mendélienne pour la consommation génétiquement prédite de lait de vache (par le génotype de persistance de la lactase en faveur d’une consommation plus importante de lait) étaient d'une ampleur bien plus grande que ceux rapportés dans les analyses observationnelles (risque inférieur de 40 % contre 14 % pour 200 g/jour). 

Les résultats des études expérimentales antérieures suggèrent que les effets du calcium sont liés à sa présence dans la lumière intestinale. Le rôle protecteur probable du calcium pourrait être lié à sa capacité à se lier aux acides biliaires et aux acides gras libres dans la lumière colique, réduisant ainsi leurs effets potentiellement cancérigènes et améliorant peut-être également le microbiote intestinal.

Enfin, six facteurs liés aux produits laitiers et associés au calcium (apports en lait, yaourt, riboflavine, magnésium, phosphore et potassium) ont également montré des associations inverses avec le risque de CCR. 

Les autres facteurs alimentaires seraient moins impliqués

Une consommation élevée de viande rouge et de charcuteries est classiquement associée à un risque majoré de CCR. Dans cette étude des associations plus faibles ont été observées, chaque tranche supplémentaire de 30 g par jour étant associée à une augmentation de 8 % du risque de CCR.

Les facteurs liés à l’alimentation et au mode de vie n’ont eu qu’une minime influence sur cette association bien connue. La cuisson de la viande à haute température produit des composés cancérigènes comme les amines hétérocycliques et les hydrocarbures aromatiques polycycliques dont le rôle pourrait cependant avoir été surestimé par les études antérieures.

Les régimes riches en graisses saturées, en graisses trans et en aliments hautement transformés augmenteraient l’inflammation et le stress oxydatif colique à l’origine du CCR. 

Les effets protecteurs les plus faibles étaient observés pour les céréales complètes du petit déjeuner, les fruits, les fibres, les sucres totaux dont les glucides, les folates et la vitamine C.

Toutefois, l’équipe fait remarquer que ces associations inverses pouvaient refléter des facteurs de confusion résiduels résultant d’autres facteurs (obésité et résistance à l’insuline, dysbiose intestinale) liés au mode de vie ou à l’alimentation.

Faut-il supplémenter une alimentation saine avec du calcium ?

L’étude française Nutrinet (5) avait déjà montré, en 2018, que l’adhésion à l’ensemble des recommandations nutritionnelles établies par le World Cancer Research Fund/American Institute for Cancer Research (WCRF/AICR) est associée à une réduction de 12 % du risque global de cancer.

Une méta-analyse récente (6) confirme que le respect de ces recommandations est associé à un risque moindre de cancer du sein, colorectal et des poumons. 

Cette nouvelle et vaste étude de cohorte féminine apporte de nouvelles preuves convaincantes : une consommation plus élevée d’alcool et, à un moindre degré, de viande transformée, augmente le risque de CCR, alors qu’une consommation plus élevée de produits laitiers réduit probablement ce risque, mieux que les céréales complètes et les fibres alimentaires. 

Les auteurs n’ont cependant pas pu étudier l'association avec les suppléments de calcium. Une méta-analyse récente de six études de cohorte a révélé qu'une augmentation des apports quotidiens de 300 mg de calcium provenant de suppléments était associée à une diminution de 9 % du risque de survenue de CCR.

Cependant un essai contrôlé randomisé mené auprès de 36 282 femmes ménopausées portant sur une supplémentation de 1 000 mg de calcium élémentaire (sous forme de carbonate de calcium) avec 40 μg de vitamine D3 par jour pendant 7 ans n'a constaté aucun impact significatif sur le risque de CCR (7).

D’autres essais prospectifs randomisés, sur une plus longue durée, seront nécessaires pour déterminer si une supplémentation calcique peut prévenir le risque de CCR.

En conclusion, l'alimentation joue un rôle crucial dans le risque, la prévention et la prise en charge du CCR. Cette vaste étude observationnelle anglo-saxonne concernant une population féminine a confirmé les habitudes alimentaires, les aliments et les nutriments spécifiques associés à une augmentation ou à une diminution du risque de développer un CCR.

Les auteurs concluent que les produits laitiers contribuent à la plus grande protection contre le cancer colorectal et que cet effet est dû en grande partie au calcium. Des essais cliniques à long terme seront cependant nécessaires pour confirmer, dans les 2 sexes, un lien de cause à effet entre une supplémentation en calcium et la prévention du CCR.

References

1 - IARC (2018). Les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine. Lyon: International Agency for Research on Cancer. Disponible sur : https://gco.iarc.fr/resources/paf-france_fr.php

Date de dernière mise à jour : 02/03/2026

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