Maladie de Crohn : un régime imitant le jeûne fait ses preuves
Dr Sylvain Beorchia | 29 Janvier 2026
Cinq jours par mois de régime hypocalorique mimant le jeûne pourraient améliorer la maladie de Crohn légère à modérée. Un essai randomisé montre une efficacité supérieure au régime habituel.
Chez les personnes en bonne santé, de courts cycles d'un régime hypocalorique mimant les effets métaboliques du jeûne (fasting-mimicking diet, FMD) permettent une perte de poids ainsi que l'amélioration de certains marqueurs métaboliques et inflammatoires. Contrairement au jeûne intermittent classique qui alterne des périodes de jeûne complet et d'alimentation normale, le FMD apporte un minimum de calories (environ 800 à 1 100 kcal/jour) tout en reproduisant les bénéfices physiologiques d'un jeûne strict. Les bénéfices potentiels de ces régimes, très médiatisés dans l'obésité, sont sans réel fondement scientifique dans le cancer. Dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), ils ont été surtout étudiés dans la rectocolite hémorragique (1), mais peu dans la maladie de Crohn (MC) compte tenu d'un risque sarcopénique jugé initialement délétère.
Un essai diététique contrôlé novateur
Des chercheurs américains ont mené un essai contrôlé randomisé ouvert afin d'évaluer les effets d'un régime mimant le jeûne chez des adultes atteints de maladie de Crohn légère à modérée (2). Ainsi, 65 patients (80 % de femmes, âge médian 45 ans ; poids normal dans 44,6 % des cas) du groupe intervention ont suivi ce régime durant cinq jours consécutifs par mois pendant trois mois, reprenant leur alimentation habituelle les autres jours. Les 32 participants du groupe témoin, plus souvent en surpoids (71,9 % avec un IMC > 30 kg/m2), ont poursuivi leur alimentation habituelle.
Le critère d'évaluation principal de la réponse clinique était une réduction de l'indice d'activité de la maladie de Crohn (CDAI) d'au moins 70 points ou un CDAI ≤ 150 après le troisième cycle de cinq jours. Quarante-cinq patients du groupe intervention (69,2 %) et 14 patients du groupe témoin (43,8 %) ont atteint cet objectif (p = 0,03). Tout au long de la période d'étude, il n'y a eu aucune différence dans l'escalade thérapeutique (prescription de corticostéroïdes, introduction d'un nouveau traitement biologique dont les inhibiteurs de JAK, ou augmentation de la dose d'anti-TNF) entre les deux groupes (27,7 % groupe intervention contre 25,0 % groupe témoin ; p = 0,99).
Quarante-deux patients du groupe intervention (64,6 %) et 12 patients du groupe témoin (37,5 %) ont atteint le critère secondaire de rémission clinique (p = 0,02). Une diminution de la calprotectine fécale a été observée par rapport à la valeur initiale dans le groupe intervention comparé au groupe témoin (-22,0 % contre +8,0 % ; p = 0,03). Des analyses exploratoires des métabolites plasmatiques et de l'expression génique des cellules mononucléées du sang périphérique ont révélé une diminution post-régime des principaux médiateurs lipidiques inflammatoires et des transcripts immuno-effecteurs, concordant avec une réduction de l'activité de la maladie de Crohn.
Aucun effet indésirable grave, en particulier une aggravation de la maladie de Crohn, n'a été rapporté. Des céphalées mineures et une fatigue étaient plus fréquentes dans le groupe intervention, tandis que la diarrhée et les douleurs abdominales étaient davantage rapportées dans le groupe témoin où la prescription de corticoïdes était moindre. Au total, 17 participants (17,5 %) ont abandonné l'étude qui avait été, a priori, conçue pour tenir compte de ces abandons.
Les difficultés d’analyse des régimes dans les MICI
Les études épidémiologiques suggèrent que les aliments ultra-transformés, les additifs alimentaires et les émulsifiants sont associés à une incidence plus élevée de MICI. Les régimes d'exclusion et d'élimination sont associés à une amélioration des symptômes chez les patients atteints de MICI, mais n'ont aucun effet sur les marqueurs objectifs de l'inflammation (1). Des interventions diététiques spécifiques (régimes méditerranéen, à base de glucides spécifiques, riche en fibres, cétogène ou anti-inflammatoire) ont montré, à des degrés divers, une réduction des symptômes, une amélioration des biomarqueurs inflammatoires et des indicateurs de qualité de vie. Cependant, ces études présentent des limites liées à leur méthodologie, à leur faible puissance statistique, à leur hétérogénéité et à la présence de facteurs de confusion. À ce jour, aucune preuve solide ne permet d'affirmer qu'une intervention diététique, à elle seule, puisse remplacer les traitements standards chez les patients atteints de MICI.
Limites et perspectives du régime mimant le jeûne
Le régime utilisé dans cette étude, fourni par la société L-Nutra, est un régime végétalien hypocalorique (1 090 kcal à J1 et 770 kcal de J2 à J5), en sucres et en protéines, mais riche en graisses insaturées ; il vise à reproduire les bienfaits d'un jeûne plus restrictif. Cette formulation de 5 jours consécutifs par mois est inhabituelle et correspond à une étude antérieure menée sur 100 volontaires sains (3), adaptée aux points de vigilance (risque de dénutrition et carences vitaminiques) inhérents à toute maladie de Crohn.
La petite population étudiée correspond, dans les trois quarts des cas, aux formes peu évolutives de la maladie de Crohn avec un CDAI médian initial de 196 (IQR = 155,0-231,0) ; 21,5 % des patients avaient initialement une CRP > 10 mg/l et 48,4 % une calprotectine fécale > 120 µg/g sous traitements disparates. Il n'est guère possible de généraliser ces premières conclusions positives aux formes modérées rapportées dans cet article.
De façon générale, les interventions diététiques sont difficiles à étudier : les déclarations des participants concernant leur alimentation ne sont pas toujours exactes et une amélioration spontanée est fréquente (43,8 % dans le groupe témoin), d'autant que les participants connaissent le régime qui leur est attribué, ce qui peut également refléter l'évolution naturelle favorable de certaines formes de maladie de Crohn. Si une rémission clinique est obtenue dans ce travail préliminaire avec une bonne adhérence diététique dans plus des trois quarts des cas, la confirmation endoscopique n'a été obtenue que chez quatre cinquièmes des patients du groupe intervention, compte tenu de la pandémie de Covid-19.
Bien que ce régime exerce théoriquement son effet anti-inflammatoire par plusieurs mécanismes d'action, les voies métaboliques liées aux acides arachidonique et linoléique pourraient être impliquées. Un travail récent évoque les rôles d'une dysbiose du microbiote gastro-intestinal et d'une perturbation de l'horloge biologique dans la genèse d'une colite expérimentale (4). Une étude du microbiote serait donc intéressante à réaliser dans un essai de plus grande envergure comportant une coloscopie après une année de régime mensuel ou journalier, en testant son adhérence et sa sécurité chez des patients avec un IMC entre 25 et 30 kg/m2.
Un axe de recherche diététique original
En conclusion, ces premiers résultats montrent qu'une modalité mensuelle d'un régime mimant le jeûne est supérieure à un régime alimentaire standard pour induire, sous traitement médical, une réponse clinique, une rémission clinique et une amélioration biochimique dans les formes légères à modérées de la maladie de Crohn. Ceci justifie la poursuite de recherches sur ce type de régime comme traitement adjuvant des MICI peu évolutives chez des patients ayant un IMC normal ou élevé en Europe, où l'alimentation reste majoritairement de type méditerranéen, contrairement aux États-Unis. En attendant ces résultats, ce régime peut être proposé, au cas par cas, chez un patient stabilisé sous traitement, motivé et bien informé, sous surveillance médicale, idéalement avec une diététicienne.
References
1 - Gubatan J, Kulkarni CV, Talamantes SM et al. Dietary Exposures and Interventions in Inflammatory Bowel Disease: Current Evidence and Emerging Concepts. Nutrients. 2023 Jan 22;15(3):579. doi: 10.3390/nu15030579.
2 - Kulkarni C, Fardeen T, Gubatan J, et al. A fasting-mimicking diet in patients with mild-to-moderate Crohn's disease: a randomized controlled trial. Nat Med. 2026 Jan 13. doi: 10.1038/s41591-025-04173-w.
3 - Wei M, Brandhorst S, Shelehchi et al. Fasting-mimicking diet and markers/risk factors for aging, diabetes, cancer, and cardiovascular disease. Sci Transl Med. 2017 Feb 15;9(377):eaai8700. doi: 10.1126/scitranslmed.aai8700.
4 - Ruple HK, Haasis E, Bettenburg A et al. The gut microbiota predicts and time-restricted feeding delays experimental colitis. Gut Microbes. 2025 Dec;17(1):2453019. doi: 10.1080/19490976.2025.2453019.