Douleurs de gonarthrose : la metformine à l’essai
Dr Pierre Margent | 23 Mai 2025
Chez des patients en surpoids ou obèses présentant une arthrose du genou mais sans diabète, un traitement de 6 mois par metformine a réduit les douleurs et raideurs articulaires tout en améliorant la fonction. Ces résultats prometteurs doivent toutefois être confirmés.
Près de 365 millions d’individus dans le monde souffrent d’arthrose du genou. La moitié d’entre eux sont en surpoids ou obèses. L’excès de poids sur les articulations, l’état inflammatoire, les désordres métaboliques glucidique et lipidique participent à la dégradation du cartilage articulaire et à la progression des lésions.
La metformine, quant à elle, réduit la production hépatique de glucose, diminue l’insulino-résistance, l’hyperinsulinisme endogène et l’inflammation, qu’il y ait ou non un diabète.
Un essai contrôlé, randomisé, en double aveugle, chez des non-diabétiques en surpoids et obèses
Un essai clinique randomisé a été mené à Victoria (Australie) afin de déterminer si un traitement de 6 mois par metformine, par rapport à un placebo, réduisait les douleurs de gonarthrose symptomatique, chez des patients en surpoids ou obèses mais non-diabétiques.
Pour être inclus, les patients devaient souffrir d’une arthrose de genou symptomatique (EVA ≥ 40 mm) évoluant depuis au moins 6 mois, être âgés de plus de 40 ans, et avoir un IMC de 25 kg/m2 ou plus. Les critères d’exclusion étaient : une gonarthrose radiologiquement très évoluée, de stade 4 à l’échelle Kellgren-Lawrens, une douleur très intense (EVA > 80 mm), une arthrite inflammatoire, ou un diabète nécessitant le recours à des hypoglycémiants, un antécédent de chirurgie du genou, une infiltration récente d’acide hyaluronique ou de corticoïdes.
La randomisation metformine-placebo fut de type 1 :1, par permutation de blocs. La metformine a été augmentée progressivement jusqu’à un maximum de 2000 mg/j durant 6 semaines, l’usage concomitant du paracétamol restant autorisé si nécessaire.
Le critère d’évaluation principal était l’évolution à 6 mois des douleurs de genou évaluées à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA), la différence significative minimale étant fixée à 15 mm.
Parmi les paramètres secondaires figuraient les modifications de l’enraidissement articulaire et de la fonction de l’échelle de WOMAC, et celles de la qualité de vie, et du pourcentage de participants qui répondaient aux critères de la Rhumatology Osteoarthritis Research International Society (OMERACT-OARSI) qui ne nécessitent pas l’évaluation subjective par le patient.
Il ne fut pas pratiqué d’IRM durant l’essai mais un simple examen radiologique du genou. Les effets secondaires éventuels furent colligés, ainsi que l’âge, le niveau d’éducation, la profession et les principales comorbidités.
Parmi les 225 patients éligibles, 107 furent effectivement retenus, entre le 16 juin 2021 et le 1er aout 2023, dont 54 furent affectés au groupe metformine et 53 au placebo. L’âge moyen était de 58,8 (SD 9,5) ans, 68 % étaient des femmes, l’IMC moyen était de 37,2 (SD 6,21) kg/m2 et le score EVA moyen s’établissait à 55 mm.
Au total, 82 et 83 % des patients des deux groupes respectivement ont mené l’étude à terme sur une période de 6 mois. L’adhésion thérapeutique mesurée sur le retour des traitements a été de 90 et 81 %, respectivement. A 6 mois, la perte de poids moyenne a été de 1,8 kg sous metformine et de 1,2 kg sous placebo.
De meilleurs résultats sous metformine, comparativement au placebo
A la fin du semestre d’étude la réduction du score de douleur EVA a été plus nette sous metformine comparativement au placebo (variation moyenne -31,3 mm versus -18,9 mm ; différence entre les groupes -11,4 mm [IC à 95 % -20,1 à -2,6 mm] ; P = 0,01), correspondant à une taille d'effet (différence moyenne standardisée) de 0,43 [0,02 à 0,83].
Parmi les critères secondaires, les scores WOMAC de douleur, de raideur et de fonction à 6 mois étaient significativement réduit sous metformine comparée au placebo. Les différences observées du score de douleur EVA furent plus importantes chez les femmes que chez les hommes (-12,9 mm [-23,7 à -2,1] versus -5,4 mm [-21,4 à 10,6]). Des analyses post-hoc ne révélèrent aucune différence selon la sévérité du score initial ou la réduction de l’espace articulaire.
Au total, 25 effets secondaires furent rapportés, principalement sous metformine. Il s’agissait essentiellement de diarrhée et d’inconfort abdominal, d’intensité allant de faible à modérée. Ils ont conduit à l’arrêt des traitements chez 3 participants (2 sous metformine et 1 sous placebo).
En résumé, chez des patients obèses ou en surpoids souffrant d’arthrose du genou, un traitement par metformine à la posologie maximale de 2000 mg/j, durant 6 mois, a été associé à une réduction modérée des douleurs articulaires et de l’enraidissement, parallèlement à une amélioration de la fonction articulaire.
Ces résultats recoupent ceux de certaines études expérimentales antérieures. Le contrôle de la douleur sous metformine peut être lié à ses effets pléiotropes, effets anti inflammatoires et sur le métabolisme des glucides et des lipides.
Cependant, il faut signaler plusieurs réserves à ce travail. Le nombre de participants a été relativement faible et 18 % d’entre eux ont été perdus de vue. Le poids et les éléments de l’atteinte articulaire ont fait l’objet d’une autodéclaration par les patients, source possible de biais et d’inexactitude. Enfin, la fonction articulaire n’a pas été mesurée objectivement.
En conclusion, si ces données sont en faveur de l’emploi de la metformine dans la gonarthrose chez des sujets obèses ou en surpoids, la taille réduite de l’effectif appelle un essai de plus grande ampleur afin de les confirmer.
References
Pan F, Wang Y, Lim YZ, et al. Metformin for Knee Osteoarthritis in Patients With Overweight or Obesity: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2025 Apr 24:e253471. doi: 10.1001/jama.2025.3471.