JIM 8 avril 2022

Un article intéressant à propos des séquelles au niveau du ceeveau, extrait du Journal International de Médecine :

La Covid tape sur le cerveau, décidément !

Une vaste étude a comparé, chez des mêmes individus, des imageries par scanner cérébral, avant et après infection par SARS-CoV-2. Elle suggère que des anomalies cérébrales peuvent apparaître, puis persister, même après un Covid qualifié de léger. Plusieurs mois après l’infection virale, on peut encore déceler des pertes de substance grise et des lésions tissulaires, principalement dans les zones cérébrales associées à l’odorat ainsi qu’une diminution de la taille des structures cérébrales, comparativement avec des individus n’ayant pas été infectés. Ces modifications pourraient expliquer la persistance de divers symptômes tels qu’une perte de l’odorat et /ou du goût, des céphalées, des troubles mnésiques.

Des scanners cérébraux avant/après

Un récent travail a inclus près de 800 volontaires, dont la grande majorité avait présenté une infection par SARS-CoV-2, avec documentation par scanner cérébral et qui avaient bénéficié d’un examen cérébral préalable, permettant ainsi de différencier des anomalies cérébrales préexistantes de celles liées à l’infection virale récente et, par là même, de mieux préciser les rapports entre Covid-19 et cerveau. Les imageries cérébrales étaient issues de l’US Biobank qui regroupe les données médicales de près de 1 million de sujets US. Les participants, volontaires, étaient âgés de 51 à 81 ans. Ils ont été invités à pratiquer une seconde imagerie cérébrale entre Février et Mai 2021. Au sein de la cohorte d’étude, on dénombra 401 patients infectés par le COVID entre Mars et Avril 2021, responsables de 15 hospitalisations et de 2 admissions en soins intensifs. Ils avaient, en moyenne 3 ans avant, eu un premier scanner cérébral ; le second a été pratiqué approximativement 4,5 mois après l’infection virale. Ils ont été comparés à 384 autres volontaires, n’ayant pas eu de Covid, après appariement selon l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le délai écoulé après le premier scanner et des facteurs de risque tels qu’élévation de la pression artérielle, tabagisme, obésité…Les auteurs du travail ont comparé les modifications cérébrales constatées au sein de chaque groupe entre les 2 imageries et entre les 2 groupes, qu’ils aient eu eu, ou non, une infection par SARS-CoV-2. Ils ont aussi évalué le déclin cognitif des participants, à l’aide de divers scores d’évaluation de la fonction cognitive et enfin comparé les lésions engendrées par la Covid à celles potentiellement décelées dans d’autres infections respiratoires, comme la grippe ou la pneumonie.

Une perte de substance grise même dans les formes légères

Les scanners cérébraux, ainsi que les scores cognitifs, des sujets ayant eu une Covid, ont révélé des modifications entre les 2 évaluations, avant et après atteinte virale. Ils différaient aussi de l’imagerie des sujets contrôle, non infectés. Ces modifications étaient d’autant plus nettes que les sujets étaient plus âgés. Les participants avec Covid avaient, dans leur ensemble, une plus grande perte d’épaisseur de matière grise au niveau du cortex orbitofrontal et du gyrus parahippocampique, structures associées au goût et à l’odorat. Ils présentaient aussi des lésions plus apparentes dans les aires du cortex primaire olfactif, en relation avec l’odorat et une diminution plus marquée du volume cérébral avec, en parallèle, augmentation de celui du liquide céphalo rachidien. Dans le même temps, on décelait une atteint cognitive marquée par une capacité moindre à effectuer des tâches complexes et, au scanner cérébral, une atrophie relative de la zone CRUS II du cervelet, associée à la cognition.

Différence significative avec la population générale !

Les sujets ayant été infectés avaient une perte de matière grise et des lésions tissulaires majorées de 0,2 à 2 % entre les 2 imageries scanographiques alors même qu’était retrouvée, communément dans la population générale, une perte annuelle de 0,2 à 0,3 % de matière grise dans les zones liées à la mémoire. Ces différences sont restées significatives après exclusion des formes les plus sévères de Covid, ayant nécessité une hospitalisation ou un passage en réanimation. Les cas de grippe notifiés ont été trop peu nombreux pour permettre d’être comparés à ceux de Covid mais, à partir de 11 observations de pneumonie non Covid, il n’y a eu aucun chevauchement décelé entre les lésions constatées, suggérant que ces dernières sont spécifiques de l’infection à SARS-CoV-2 et non liées, d’une façon générale à une infection respiratoire. Les mécanismes physiopathologiques en cause dans ces altérations de la structure cérébrale sont encore imprécis. Ils pourraient passer par une diminution des influx sensoriels lies à la perte de l’odorat, une neuro inflammation, des réactions immunes ou encore une atteinte infectieuse directe des cellules cérébrales.

Plusieurs réserves sont à formuler. Les symptômes présentés par les participants n’ont pas été détaillés et donc aucune corrélation n’a été possible entre imagerie cérébrale et signes cliniques éventuels. Les infections étaient précoces, probablement liées au virus alpha et avant la mise en route de la vaccination. L’étude a ciblé essentiellement des Blancs, d’âge moyen ou avancé, sans donc généralisation possible à des individus plus jeunes ou à des enfants, pour qui les lésions cérébrales sont en règle moins graves. Le groupe Covid présentait, au départ, des scores cognitifs plus bas et on ne peut exclure formellement des différences préexistantes entre les sujets infectés et les autres.

Amélioration 6 mois après

A ce jour, il est prématuré de dire si les modifications observées sont, ou non, réversibles. Toutefois, dans un article récent du JAMA Neurology, il est signalé que les changements cognitifs faisant suite à une infection par SARS-CoV-2 tendent à persister, notamment chez les individus les plus gravement atteints ou les plus âgés. A contrario, on peut penser qu’en cas de récupération de l’odorat, les anomalies cérébrales tendent à s’atténuer, ce que laissent espérer des études sur de faibles séries qui montrent une amélioration des données scanographiques 6 mois après l’infection Covid. Les résultats de ce travail se doivent d’être répliqués dans d’autres populations avant d’être considérés comme définitivement acquis. De plus, il serait judicieux que l’US Biobank poursuive son enquête avec la réalisation d’une troisième imagerie cérébrale plus tardivement, dans les 2 ans suivant l’infection. En outre, les mécanismes physiopathologiques sous-jacents doivent être précisés, tout comme l’impact potentiel de la vaccination. A plus long terme, l’atteinte des zones liées à la mémoire peut faire redouter une perte mnésique plus considérable que celle liée à l’âge, voire la survenue d’une démence, de type Alzheimer ou non.

Dr Pierre Margent

Référence

Abbasi J et coll. : Even Mild COVID-19 May Change the Brain. JAMA 2022 ; publication avancée en ligne le 23 mars. doi:10.1001/jama.2022.4507

 

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