Post Firas Bayoudh

extrait du groupe Facebook : Take Care of Care - un post du 16 mai 2020

Je me permets de partager ce très beau post d'un médecin Français travaillant en hôpital en Belgique - extrait du groupe "Take Care of Care" qui est, il me semble, manipulé politiquement par le MR.

Firas Bayoudh a partagé sa première publication.

Nouveau membre · 16 mai, 12:41
Bonjour à tous,
Je ne suis pas belge mais aimant votre pays qui m’a offert la possibilité de me former en hématologie, j’aimerais exprimer mon ressenti.
Il y a une énergie positive et un stimulant désir de solidarité et de lutte qui émane du personnel soignant et que ce groupe cherche, avec raison, à canaliser. « Take Care Of Care » mérite donc une attention.
Les critiques virulentes engendrées par la réunion entre les administrateurs du groupe et nos dirigeants posent une question fondamentale : la détermination d’une posture à adopter face aux politiciens. J’affirme que le pire qu’il puisse arriver est de voir une cause noble s’embourber dans les méandres de la vie politicienne, parasitée par des groupes et des rouages qui font partie intégrante du problème et non de la solution. Prenez cette voie, vous finirez dans l’engrenage d’une machine infernale dont vous connaissez déjà chaque vis et chaque boulon, et qui ne sert qu’à broyer l’intérêt commun.
Certains, poussés par un désir intègre de dialogue et de raison, pensent qu’il est indispensable de s‘asseoir autour d’une table avec nos dirigeants pour leur exprimer, face à face, nos critiques et nos propositions. Après tout, ce sont eux les décideurs, ils sont donc par définition incontournables. Ces militants confondent malheureusement intégrité et dangereuse naïveté. Ils en oublient qu’il est totalement inapproprié et inefficace de discuter raison et honnêteté face à des individus et des institutions qui ont sciemment menti et qui sont responsables de la lente dégradation des soins de santé ayant mené à la gestion pathétique de cette crise. Discuter avec eux, c’est transiger sur des principes fondamentaux dans notre lutte : l’intégrité, la raison, ces valeurs que justement vous brandissiez. Tous les politiciens et les partis politiques ayant menti durant cette crise, ayant démontré leur incompétence, ou ayant œuvré à la casse du système de santé doivent être EXCLUS COMME INTERLOCUTEURS SÉRIEUX ET CE DE MANIÈRE DÉFINITIVE.
Nos décideurs sont incontournables parce que nous voulons bien le croire. C’est tout le principe de la démocratie : tout le système repose sur la confiance que vous portez à vos élus. Si cette confiance disparaît, ils disparaîtront avec. S’ils ne disparaissent pas, c’est que nous ne sommes pas en démocratie.
Il n’y a pas lieu de transiger avec les mensonges, l’incompétence et la malhonnêteté.
Amis belges, vous valez mieux que ça.
Je le vois tous les jours au quotidien à l’hôpital. L’état n’a pas joué son rôle de soutien, n’a pas fourni les moyens nécessaires aux soignants pour gérer efficacement cette pandémie. Pire, il a fait, par moment, obstacle au bien commun. Il a failli à sa tâche mais nous, nous n’avons pas failli à la nôtre. Toute la gestion de la crise s’est retrouvée sur les épaules des soignants. De celui qui prescrit à celui qui injecte, de celui qui coordonne à celui qui désinfecte les sols, tous ont fait ont fait preuve d’abnégation, de compétence et de professionnalisme dans la mesure des moyens fournis.
Cette exigence que vous avez au quotidien dans votre métier, laissez-la déborder.
En tant que médecin, si je soignais les gens avec le même degré de compétence que celui de nos dirigeants pendant cette pandémie, j’aurais actuellement dix procès sur le dos et des ecchymoses au visage.
Les soignants ont une obligation de moyens et non de résultats. Il n’y a pas lieu de penser différemment pour nos dirigeants. Il est totalement normal qu’une situation inconnue amène des cafouillages, des erreurs, il ne s’agit pas de blâmer les élus pour une situation dont ils ne seraient pas responsables. Mais au-delà des errements inévitables, avez-vous l’impression que l’Etat belge a répondu à son obligation de moyens ?
Le virus n’a fait que mettre en exergue une réalité banale de notre travail : au quotidien, les soignants sont confrontés à des situations inédites, complexes, où le doute et le stress sont au premier plan. Pourtant, nous trouvons des solutions. Pas toujours les plus optimales, mais à la hauteur de nos moyens et de nos capacités. L’inconnu et le danger ne sont jamais une excuse à la lâcheté, la bêtise, la malhonnêteté. Dans l’exercice de notre métier, nous répondons à un professionnalisme et à une exigence. Pourquoi en serait-il différemment en dehors de l’hôpital ?
Les partis politiques et les dirigeants ne sont pas à la hauteur des soignants belges !
Ma voisine, confinée chez elle, s’est débrouillée pour réunir le matériel nécessaire à la fabrication de masques en tissu pour en distribuer aux soignants. A la hauteur de ses moyens, elle a montré plus de réactivité, d’intelligence et de sens du devoir que l’état belge.
Les partis politiques et les dirigeants ne sont pas à la hauteur du peuple belge !
On s’habitue à la médiocrité, au point qu’elle devient norme. On en vient à penser qu’au fond, il est normal pour un peuple de détester ses élites, d’avoir cette impression d’être géré par des incapables. De tout temps, en tout lieu, les peuples détestent leurs dirigeants, comme un employé condamné à détester son patron.
Il faut sortir de ce fatalisme. Non, un peuple n’est pas condamné à haïr ceux qu’il dirige. Non, il n’est pas condamné à en avoir honte. Il faut sortir de cette morosité qui brouille l’esprit, redevenir lucide et travailler l’espoir : tout est possible.
Notez bien ma formulation : un peuple n’est pas condamné à haïr « ceux qu’il dirige ». Et non pas « ceux qui le dirigent ».
Ne vous sentez pas diminués face aux titres, aux fonctions. Ne vous sentez pas incapables d’intervenir dans les décisions économiques, politiques. J’insiste sur le mot « décision ». Les partis politiques vous cantonneront au mot « débat ». Nous sommes des professionnels de la vie et du réel, eux ne le sont pas. Nous sommes plus aptes qu’eux à gérer les crises, de toutes sortes.
Il ne s’agit pas de brandir des slogans révolutionnaires creux ou d’appeler à la violence. Il s’agit d’incarner les changements que l’on exige, au quotidien, dans notre travail comme en dehors. Le compromis et le dialogue sont des outils indispensables dans la plupart des situations, mais ils peuvent être manipulés et détournés pour endormir des revendications et une colère légitime. Les exigences deviennent alors des demandes, les propositions des demi-mesures, les compromis des compromissions, les débats des échanges stériles. Certaines situations impliquent une fermeté et une radicalité, au vu du danger qui guette. Pour lutter contre le virus nous n’avons pas fait dans la demi-mesure, nous avons confiné la moitié de l’humanité. Faisons de même avec nos politiques malhonnêtes et incompétents : soyons radicaux et fermes, confinons-les dans leur médiocrité et leurs mensonges.
Au quotidien, dans le service d’hématologie où je travaille, nous ne faisons pas dans la demi-mesure et le compromis. Face à une leucémie ou un lymphome, nous mettons votre organisme à rude épreuve avec des chimiothérapies, nous détruisons vos cellules tumorales en sacrifiant des cellules saines. Nous luttons contre ces globules blancs dont la fonction première était de vous défendre et qui ont muté pour devenir vos ennemis, ironie dramatique qui pourrait être une allégorie de la gestion de la pandémie. Tout cela, parce que nous avons conscience de votre intérêt, nous savons que sans traitement, le cancer va inéluctablement et atrocement détruire votre organisme. Au quotidien, les soignants prennent des décisions radicales, fermes, risquées, par ce que nous sommes conscients des conséquences si nous n’agissons pas.
Cette radicalité, cette fermeté, cette intransigeance, laissez-les déborder.
Je terminerais en disant que tout cela dépasse les seuls professionnels de santé. Spécifier votre lutte, c’est l’isoler, cette faille sera exploitée par le pouvoir pour générer et entretenir des divisions. Éboueurs, caissiers, policiers, routiers, beaucoup de corps de métier ont répondu à l’exigence imposée par la pandémie. Le vrai sens du slogan « Take Care Of Care » doit être « Prends soin de ta Belgique ». L’épidémie est globale, la réponse doit l’être tout autant. Certains collègues se sont montrés rudes envers les gens qui les applaudissent à vingt-heures. Ils perçoivent, non sans raison, ces applaudissements comme une prise de conscience bien trop tardive. Et vous, chers collègues, applaudissez-vous chaque soir vos pompiers, vos agriculteurs, vos policiers, tous ces corps de métier qui eux aussi font face depuis des années aux restrictions budgétaires, aux politiques d’austérité ?
Liez les luttes entre elles.
Votre combat dépasse votre métier et même votre nation. Je suis français, je n’ai pas de qualificatif suffisamment fort et méprisant pour caractériser la gestion de la pandémie par le gouvernement d’Emmanuel Macron, dont le mensonge a été le maître-mot. Royaume-Uni, Italie, Espagne… une partie des nations européennes est à l’agonie, mise à terre non pas par un virus mais par les dogmes de l’austérité, l’influence des puissances d’argent, le pourrissement de notre vie politique et la corruption de nos démocraties. La Belgique, géographiquement au centre de l'Europe occidentale et siège des institutions européennes à Bruxelles, est un lieu naturel de convergence des luttes.
Cette solidarité dont vous faites preuve entre soignants, laissez-la déborder.

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Date de dernière mise à jour : 18/05/2020