AFFAIRE DU MONCEAU : LA COMTESSE FAIT APPEL DE SA CONDAMNATION, TANT AU CIVIL QU’AU PÉNAL. UN NOUVEAU COUP DUR POUR LES REFUGES ET UNE REMISE EN QUESTION QUI SEMBLE TOUJOURS ABSENTE.

C’est avec une profonde déception, mais malheureusement sans véritable surprise, que les refuges Le Rêve d’Aby, Animaux en Péril, Help Animals, Au Bonheur Animal et Equi Rêve ont appris que Diana du Monceau de Bergendal a décidé de faire appel du jugement rendu à son encontre par le Tribunal correctionnel du Brabant wallon, tant sur le plan pénal que sur le plan civil.
Pour les associations qui ont accueilli, soigné et réhabilité les animaux saisis sur sa propriété, cette décision est difficile à accepter.
Une condamnation qui ne semble toujours pas susciter de remise en question
Pour rappel, le tribunal avait condamné Diana du Monceau de Bergendal à une amende ferme de 20.000 euros, limité la détention d’animaux à deux chiens et deux chevaux et ordonné le remboursement des frais engagés par les refuges pour la prise en charge des animaux saisis.
Si cette décision ne répondait pas entièrement aux attentes des associations, qui réclamaient une interdiction totale de détention d’animaux, elle constituait néanmoins une reconnaissance judiciaire de la gravité des faits et du travail considérable accompli par les refuges.
En décidant de contester cette condamnation dans son ensemble, y compris l’obligation de rembourser les frais engagés pour sauver ses propres animaux, Diana du Monceau de Bergendal donne une nouvelle fois le sentiment de refuser toute forme de responsabilité.
Faire appel est évidemment un droit. Mais exercer ce droit n’empêche pas de s’interroger sur ce que cette démarche révèle de l’attitude adoptée face aux souffrances constatées.
Après des années d’interventions, plusieurs saisies et des centaines d’animaux concernés, nous attendions enfin un signe de prise de conscience. Nous constatons aujourd’hui que cette remise en question semble toujours aussi lointaine.
266 animaux saisis, des souffrances bien réelles
Le 20 décembre 2023, pas moins de 266 animaux avaient été saisis sur la propriété de Diana du Monceau de Bergendal, à Chastre.
Les équipes des refuges avaient découvert des animaux vivant dans des conditions particulièrement dégradées, au milieu des déjections, des déchets et de prairies transformées en véritables bourbiers.
Certains souffraient de malnutrition sévère, d’infestations parasitaires importantes et de pathologies nécessitant des soins vétérinaires urgents.
Plusieurs animaux n’ont pas survécu.
Parmi eux, Dino, qui n’aura même pas eu la chance d’arriver vivant au refuge.
Ces souffrances ne sont pas des interprétations. Les états de santé constatés, les hospitalisations, les soins prodigués et les décès sont des réalités auxquelles les équipes des refuges ont été directement confrontées.
Derrière les procédures judiciaires, les conclusions et les recours, il y a des êtres vivants qui ont souffert et des associations qui ont dû mobiliser des moyens humains, matériels et financiers considérables pour leur venir en aide.
Contester également le remboursement des refuges : une décision particulièrement difficile à comprendre
L’appel porte également sur le volet civil du jugement, qui reconnaissait le droit des refuges à obtenir le remboursement des frais engagés.
Pendant des mois, les associations ont nourri, soigné, hébergé et réhabilité les animaux issus de cette saisie.
Ces dépenses n’ont jamais constitué un choix de confort. Elles étaient indispensables pour tenter de réparer les conséquences des conditions dans lesquelles ces animaux avaient été maintenus.
Contester le remboursement de ces frais revient à prolonger une situation dans laquelle les refuges, et indirectement leurs donateurs, continuent de supporter les conséquences financières de cette affaire.
Les associations ne peuvent accepter que leur engagement en faveur des animaux soit considéré comme une raison de les laisser assumer seules les coûts de leur sauvetage.
Un appel qui prolonge une procédure déjà éprouvante
Lors du prononcé du jugement, les cinq refuges avaient annoncé leur décision de ne pas faire appel, malgré leur déception face à l’absence d’interdiction totale de détention d’animaux.
Cette décision avait été prise dans un esprit d’apaisement, avec la volonté de tourner enfin la page d’un dossier particulièrement lourd.
Nous espérions que Diana du Monceau de Bergendal ferait le même choix.
Il n’en sera rien.
« Nous avions accepté ce jugement, même si nous estimions que la peine n’allait pas suffisamment loin pour protéger les animaux. Nous espérions sincèrement que cette condamnation constituerait enfin l’occasion d’une prise de conscience. En faisant appel, y compris du remboursement des frais que nous avons dû engager pour sauver ses animaux, Madame du Monceau nous donne une fois de plus le sentiment qu’elle refuse de reconnaître la moindre responsabilité. Ce qui nous attriste le plus, ce n’est pas de devoir retourner devant la justice, c’est de constater qu’après tout ce qui s’est passé, les animaux et leurs souffrances semblent encore passer au second plan. » explique Sophie Locatelli, présidente du refuge Le Rêve d’Aby.
Nous continuerons à défendre ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes
Les refuges prennent acte de cette décision et devront désormais poursuivre leur démarche devant la juridiction d’appel.
Nous aurions préféré consacrer le temps, l’énergie et les moyens que nécessitera cette nouvelle étape aux animaux qui ont aujourd’hui besoin de nous.
Mais notre engagement ne s’arrête pas aux portes du tribunal.
Nous continuerons à défendre la reconnaissance des souffrances subies par les animaux, la responsabilité de ceux qui en ont la charge et le droit des refuges à être indemnisés pour les frais qu’ils ont dû engager.
Car au-delà de cette affaire, c’est aussi un principe fondamental qui est en jeu : on ne peut pas laisser des animaux subir les conséquences de négligences graves et considérer ensuite que leur sauvetage relève uniquement de la responsabilité financière des associations.
Nous espérions que ce dossier pourrait enfin se refermer.
Il faudra manifestement encore du temps.
Mais les 266 animaux saisis en décembre 2023, et particulièrement ceux qui n’ont pas survécu, méritent que nous allions jusqu’au bout.